Contrastes urbanistiques, sociaux et comportementaux

 

Etats-Unis American Way ol life

 « On va te renseigner tout de suite sur ce que c’est que les Américains ! C’est tout millionnaire ou tout charogne ! Y a pas de juste milieu ! »[1].

La France, vis à vis des Etats-Unis, apparaît comme un pays « moyen », où tout semble très « moyen ». Aux U.S.A, les différences vous sautent aux yeux tant elle se manifestent très fortement et ouvertement.

Quartiers de très grosses villas avec frontons, colonnes, piscines et parkings pour nombreuses voitures, mais aussi quartiers délabrés, aux maisons misérables, sales. Buildings de verre et d’acier, d’une hauteur impressionnante, mais aussi immenses zones de docks sordides, crasseux, véritables coupe-gorge. Vastes centres commerciaux de marbre, de bois exotique, de chrome au personnel impeccablement habillé de blazers et de tailleurs, mais aussi petites boutiques minables et malpropres. Prouesses techniques remarquables des ponts sur le Mississippi, les bayous, mais état lamentable des trottoirs, des chaussées, des voies et du matériel ferroviaire, des lignes électriques et téléphoniques. Monuments grandioses et grandiloquents parfaitement entretenus, mais aussi abandon de magnifiques bâtiments des années trente. Propreté méticuleuse de l’aéroport et du métro de Washington DC, mais aussi renoncement à entretenir des quartiers entiers de La Nouvelle-Orléans comme de la capitale fédérale. Limousines longues comme des autobus, mais aussi vieux taxis fatigués...

Les comportements des Américains peuvent nous paraître pareillement anticonformistes ou terriblement conventionnels. La relation avec les autres est souvent très directe, surprenante pour un Français, en utilisant immédiatement le tutoiement. Coincé dans la file d’attente d’un pont levant sur le bayou Lafourche, les autres automobilistes vous apostrophent, ne s’étonnent pas que vous ne parliez que très médiocrement l’anglais, essayent de comprendre d’où vous venez et vous gratifient d’un « Welcome ! » chaleureux. Sur les trottoirs, dans les moyens de transport, les restaurants, les attractions touristiques, les gens s’adressent facilement la parole, voire se demandent de petits services. Au « Mac Gee’s Landing », le restaurant de la famille Allamond, sur le bassin d’Atchafalaya, à Henderson, la serveuse se présente en précisant son prénom et vous propose le menu en vous tutoyant. Puis, constatant notre impuissance à finir les plats, elle nous apostrophe en français : « Il faut ouvrir les culottes, mais il faut tout manger » !

D’autres comportements peuvent nous paraître terriblement conventionnels et conformistes. Si, touristes, ils peuvent être habillés avec un laisser-aller qui frise le sans-gêne absolu, surtout pour les obèses exhibant leur graisse, au travail ils peuvent être très collet-monté : tailleur strict, blazer bleu marine, bas pour les femmes, même à la Nouvelle-Orléans avec 35° à l’ombre ! Dans le parc de l’Université Loyolla, les joggers, cyclistes ou simples marcheurs tournent tous dans le même sens. Bien évidemment, nous étions à contre-courant ! S’il n’est pas possible de pénétrer au trente troisième étage du World Trade Center qui surplombe la Nouvelle-Orléans avec une adolescente de moins de dix huit ans, même accompagnée de ses parents, sous prétexte que le bar sert des alcools, dans la rue vous croisez des ivrognes qui boivent des alcools forts, au goulot, la bouteille dissimulée (mal) dans un sac en papier ! L’absence de haies ou de clôtures autour des parcelles des lotissements rappelle que « la maison doit rester ouverte aux étrangers » et que le « bon » américain n’a rien à cacher. Mais alors, bonjour le contrôle social pesant sur tous vos faits et gestes, tout pouvant et devant être vu par vos voisins !

« L’Amérique, devenue essentiellement une société de consommation, avait passé de l’intéro-conditionnement puritain à l’extéro-conditionnement qui donne pour règle à chacun non son propre jugement, mais la conduite d’autrui... »[2].

Selon que l’on met en exergue l’un ou l’autre visage de ce nouveau Janus, l’on peut-être admiratif ou hostile à la nation américaine.


[1] Louis Ferdinand Céline. "Voyage au bout de la nuit ". 1932.