Un « grand » pays – Une appréhension différente de l’espace

 

Etats-Unis Lac Ponchartrain

Chacun sait que les Etats-Unis sont un « grand » pays. « Grand », d’abord au sens géographique du terme : 2 500 km du Nord au Sud, 4 500 km d'Est en Ouest, 9,6 millions de km², soit 17 fois la superficie de la France métropolitaine. Mais, il ne suffit pas de le savoir, encore faut-il en prendre conscience en découvrant  un monde d’une échelle différente.

En Louisiane, La Nouvelle-Orléans et Bâton-Rouge, les deux villes les plus proches, sont distantes de soixante-dix-sept miles (cent vingt cinq kilomètres). Entre les deux : rien. Pas une ville, pas un village, parfois quelques pâtés de maisons à un croisement de voies express, sans plus.

Cent vingt cinq kilomètres sur le littoral méditerranéen ? Vous passez Nîmes, Montpellier, Béziers et Narbonne... Chacune avec son histoire particulière, ses monuments, ses commerces, un théâtre, un opéra, des musées, une vie locale vive, différenciée, concurrente de ses voisines.

Ce qui est d’un côté ramassé dans un petit territoire apparait, aux Etats-Unis, dilué dans une vaste région. Certes il existe en France de relatifs déserts démographiques mais il suffit d’une dizaine de kilomètres, voire d’une vingtaine, pour trouver un hameau. Le plateau du Larzac a une densité de population très faible, de quelques personnes au kilomètres carré (5 à Cornus), mais Cornus est à 13 km du petit village de La Couvertoirade, 16 du Caylar, 36 de Lodève (7 600 habitants). En Europe occidentale nos repères spatiaux des territoires sont d’une toute autre nature qu’aux USA.

L’espace général étant vaste, les éléments constitutifs de base des territoires sont également d’une autre mesure : les parcelles de terrain dans les lotissements, la surface des pièces des villas, sont également plus amples. Nos lotissements composés de parcelles de trois cent mètres carrés sur lesquelles sont construites des villas de quatre vingt dix mètres carrés habitables doivent paraître bien étriqués aux yeux d’un Américain ! Les croisements d’autoroutes prennent tout leur aise en déployant de vastes routes de liaison aux rayons particulièrement généreux, les banlieues pavillonnaires s’étendent sans fin, les villes dévorent l’espace sans retenue.

A contrario, les Européens ont dû assez vite prendre conscience de l’exiguïté de leur territoire et que nous vivons dans un continent fini. En France, c’est à la fin du XIXe siècle que les surfaces cultivées ont atteint leur plus grand développement, chaque parcelle de terrain est alors exploitée pour nourrir des populations rurales et urbaines en constante augmentation. La colonisation, outre ses aspects économiques et politiques, était aussi une ultime tentative de poursuivre une expansion territoriale et de croire que les frontières des Etats européens pouvaient être repoussées. Enfin, parce que leur territoire était désormais limité alors que l’expansion démographique était forte, les Européens ont émigré en masse aux USA à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.

Jusqu’à présent le peuple américain semble peu se préoccuper d’écologie, acceptant les cultures d’OGM, l’extraction du gaz de schiste et ne s’intéressant pas vraiment aux économies d’énergie. Cet état d’esprit est certainement à mettre en relation avec leur attachement à la liberté d’entreprise et à leur méfiance des réglementations fédérales, mais elle s’explique certainement aussi par leur appréhension des espaces géographiques. Ils possèdent de l’espace et cet espace ne leur paraît pas limité, pas encore fini. La conquête de l’Ouest, un des éléments du mythe américain, c’est aussi une frontière que l’on peut repousser sans cesse. La position des Etats-Unis sur le réchauffement climatique révèle bien évidemment la défense des intérêts des grandes firmes américaines, mais elle révèle certainement aussi une vision différente des espaces géographiques, des ressources physiques et de leur finitude.

Pour un Européen, se déplacer aux Etats-Unis c’est prendre conscience de ces échelles différentes d’un espace habité.

Liste des articles sur Souvenirs et impressions de Louisiane.

Télécharger le document intégral