Aucune condamnation inéluctable à la malbouffe - Des obèses nombreux et sans complexes – Des habitudes alimentaires déplorables

 

Etats-Unis obésité

Notre plus grande crainte lors de notre voyage aux USA, faut-il l'avouer, concernait l’alimentation ! Serions-nous condamnés au « hamburger / frites / coca » pendant toute sa durée ? Hé bien non, nous réussîmes même à ne jamais manger dans un Mac-Do ou autre restauration rapide. Certes, il y eut quelques plats étonnants comme des huîtres chaudes, d’énormes huîtres enrobées de chapelure, ou du fromage de brie décoré de rondelles d’orange et de fraises coupées en deux. Mais, en Louisiane, nous fîmes de succulentes découvertes : le jambalaya, des crevettes au riz pimentées à la sauce tabasco, les énormes crevettes des bayous, la tarte aux noix de pécan, les po-boys, savoureux sandwichs avec laitue, tomates, œufs, crevettes ou rôti de bœuf...

S’il est vrai que la Louisiane s’enorgueillit de posséder des traditions culinaires issues des présences française et espagnole qui sont susceptibles d’expliquer cette richesse culinaire, il n’en reste pas moins que nous avons également rencontré d’excellents restaurants sur la côte Est.

Il est donc possible de bien manger au pays des Mac-Do, mais il n’est pas sûr pour autant que la majorité des Américains aient une alimentation saine, équilibrée et de qualité, tant on est surpris par le nombre de personnes en surpoids. Dans les villes, les obèses sont nombreux, très nombreux. Il ne s’agit pas de personnes « enveloppées » comme on peut le voir dans les milieux ruraux, voire de personnes fortes comme c’est assez fréquent dans les pays d’Europe de l’Est ; non, aux Etats-Unis ce sont bien d’énormes tas de graisse. Et ce n’est pas seulement leur grand nombre qui est étonnant, mais aussi la façon dont ils s’habillent : tee-shirts serrés, shorts courts, jupettes, exhibant ainsi publiquement, sans gêne apparente, bedons, bourrelets, plis, boudins, chairs flasques et molles.

Selon les statistiques américaines, le taux d'obésité moyen chez les adultes américains est de 34,9%, et deux tiers (68,5%) sont en surpoids ou obèses. L'Américain moyen pèse 11 kg de plus en 2013 qu'en 1960. En 2005, on estimait que 9 millions d'adultes âgés de 17 ans à 24 ans, soit 27 % de cette tranche d'âge de la population, étaient trop gros pour pouvoir servir dans l'armée. Ces excès de poids ne sont pas également partagés dans la population américaine : les Noirs, les Hispaniques, les couches les plus pauvres de la population présentent des taux supérieurs à la moyenne nationale.

L’obésité est devenu un problème politique majeur aux Etats-Unis. D’une part elle a un coût pour les individus et la société, élévation des risques de mortalité, augmentation des dépenses de santé, d’autre part la lutte contre les mauvaises habitudes alimentaires remet en cause la politique de soutien à l’agriculture, notamment au secteur sucrier, ainsi que le rôle des lobbies agro-alimentaires. Le tout avec un fond de lutte idéologique sur la « liberté de l’individu » et le fait que ce ne serait pas à l’Etat de dire aux personnes ce qu’elles doivent manger !

Non seulement la quantité de calories absorbées journellement a augmenté, mais aussi la composition de la ration a été́ profondément modifiée en faveur des graisses animales et des sucres additionnels. Quant aux comportements alimentaires, ils laissent de plus en plus de place à un grignotage qui serait particulièrement néfaste parce qu’il favorise une assimilation accélérée des aliments d’autant qu’il est composé de matières grasses et de sucre[1]. Ces excès de poids sont principalement liés à cette alimentation totalement déstructurée, car les Américains mangent toute la journée : sandwichs, barres chocolatées, ice-cream, sodas, tranches de pizza, pop corn... ils se promènent dans les rues, conduisent leur voiture, regardent un film, tout en mangeant et buvant des produits sucrés et énergétiques.

Ces évolutions concernent désormais aussi les autres pays développés, notamment d’Europe quoiqu’avec un décalage sur les Etats-Unis. Je ne suis pas sûr que l’inscription du repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel mondial de l’Humanité nous prémunisse longtemps contre le risque de la malbouffe et de l’obésité. D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, les grandes entreprises agro-alimentaires veillent sur les résultats de leurs profits et sont prêtes à nous faire manger n’importe quoi pour peu qu’elles y gagnent très vite de l’argent.


[1] Anne-Sophie Cérisola et Jacques Mistral. « L’obésité́ aux Etats-Unis enjeux économiques et défis politiques ». 2004. 

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