Une « présence » française finalement peu visible – Mais une face cachée non négligeable

 

Etats-Unis La Nouvelle Orléans Un tramway nommé Desire

Même si la création de la Nouvelle-Orléans revient à Jean Baptiste Le Moyne de Bienville en 1718, les Français n’y restèrent que peu de temps. En 1762, Louis XV cède la rive gauche du « Mee-zee-see-bee », le « Père des Eaux », aux Espagnols puis, en 1763, la rive droite aux Anglais.

Si la Louisiane est rétrocédée à la France en 1800 elle est revendue aux Etats-Unis par Napoléon Bonaparte en 1803. Bref, la Louisiane n’aura été française que pendant un petit demi-siècle et l’on ne peut donc pas dire que l’Etat ait été particulièrement marqué par cette présence !

Certes c’est un ingénieur-architecte français qui a dessiné les plans de la Nouvelle-Orléans, avec ses rues à angle droit, et qui a nommé les rues. Mais les incendies de 1788 et 1794 ont fait disparaître les bâtiments typiques d’architecture coloniale française.

De fait, le « French Quarter », même s’il conserve des noms évocateurs, rues de Toulouse, de Chartres, Dumaine, Bourbon, Royale, Dauphine et Saint Louis, est surtout une quartier d’architecture coloniale espagnole avec ses maisonnettes à balcons de fer forgé et leurs patios intérieurs. Les peintures des façades peuvent faire alterner successivement le blanc, le pastel, mais aussi le « vert Paris », le rouge, voire même le vert olive ou le mauve. Pas très franchouillard tout ça. L’appellation de « quartier français » semble donc être un tantinet intempestive.

« Dans l’Etat de Louisiane, il existe ce qu’on appelle le code Napoléon, selon lequel ce qui appartient à la femme appartient également au mari et réciproquement... »[1].

Ce qui est le plus français ne se voit donc peut-être pas. Il existe en Louisiane un droit privé basé sur un Code et non une coutume fondée sur la jurisprudence selon le modèle anglais. Le code civil louisianais est de tradition française et c’est un cas particulier parmi les cinquante Etats fédérés. En effet, le premier code louisianais, promulgué en 1808 dans un texte bilingue français / anglais, est calqué sur la structure du Code Napoléon (1804) même s’il mélange des éléments de droits des deux anciens colonisateurs, français majoritairement et espagnol minoritairement[2]. Le droit des biens et des régimes matrimoniaux est semblable à celui de la France. Cependant, progressivement, le droit de la vente, lui, a évolué vers le droit américain.

Mais globalement, l’avenir semble être plutôt à une nouvelle hispanisation de la Louisiane, les émigrés latinos y sont de plus en plus nombreux et constituent désormais une population estimée à la moitié de celle des Cajuns, les descendants de colons français en Acadie.

 « On m’a dit de prendre un tramway nommé Désir... »[3].

Autre souvenir, le tramway nommé « Desire » selon le nom de son terminus situé dans une des rues de la Nouvelle-Orléans dans les quartiers populaires de Uppen Ninth Ward, à l’Est de la ville, entre voies de chemin de fer et canal. Il fait une brève apparition au tout début du film d’Elia Kazan. D’un rouge vif, il continue à traverser le centre ville en longeant la berge du Mississippi, mais il ne pénètre plus désormais dans les quartiers Est et se contente de s’arrêter à l’extrémité du quartier français. Plus à l’Est, ce sont des quartiers noirs, pauvres, dans un état avancé de délabrement… lesquels auraient justement le plus besoin de transports publics si j’en crois les queues aux arrêts de bus que j’ai pu constater en les traversant !


[1] Elia Kazan / Tennessee Williams. « Un tramway nommé Désir ». 1951.

[2] Joseph Dainow. « Le droit civil de la Louisiane ». Revue internationale de droit comparé. 1954.