Déception sur le jazz vivant de No’Leans – Un conservatoire du jazz – De nouveaux espoirs

 

Etats-Unis La Nouvelle Orléans Preservation Hall

La Nouvelle-Orléans, c’est aussi bien entendu le jazz. C'est ici qu'est né cette musique au tournant du XXe siècle avant de se développer à Chicago. C’est la patrie du pianiste Jelly Roll Morton, du clarinettiste Sidney Bechet et des trompettistes King Oliver et Louis Armstrong. Musique d’orchestres de rue, c’est une musique collective qui prime sur les solistes. Les  cuivres y ont un rôle-clef : la trompette joue le thème principal, la clarinette ajoute des ornements en contrepoint, le trombone et le saxo complètent  la trame mélodique, batterie, contrebasse, banjo, et parfois piano, assurent la cadence.

Amateurs de jazz, sans être vraiment connaisseurs, nous pensions pouvoir entendre à La Nouvelle-Orléans, sinon une meilleure musique que « Les haricots rouge », du moins une musique plus « authentique ». Aussi sommes-nous très surpris d’entendre au « Café du monde » une chanteuse fort médiocre, une mamy, blanche, jouant à la meneuse de revue. Patatras, on ne voudrait pas  de ça au bar de la plage à Palavas ! Heureusement le café, assez léger, est accompagné de beignets succulents, ronds, à la pâte bien levée, largement couverts de sucre glace lesquels font un peu oublier la médiocrité de la musique.

L’expérience suivante, au « Pat O’Brien » dans le « Quartier français », est toute aussi désespérante. Portes du bar largement ouvertes sur la rue pour bénéficier de l’air plus frais de la nuit, ventilateurs brassant l’air chaud et humide, un orchestre de vénérables vieillards s’efforçant de nous faire croire qu’ils jouent encore du jazz, alors qu’ils ressassent quelques airs d’antan en utilisant des effets toujours identiques. Nous découvrons, bien plus tard, ce qu’avait déjà observé Simone de Beauvoir en 1947 : « ... nous cherchâmes du Napoléon Bar à l’Absinthe house, de zombie en julep, du bon jazz : mais il semblait qu’il n’y eût plus du tout de jazz noir dans le quartier blanc »[1]. Bref, si les bars de Bourbon street ou Frenchmen street proposent souvent des orchestres de jazz, celui-ci est à destination de touristes américains blancs qui se contentent manifestement du décor mais ne semblent pas avoir beaucoup d’exigence sur la qualité de la musique.

C’est au « Preservation hall », 726 St Peter Street, que nous entendons enfin un jazz de qualité. Pour pénétrer dans la petite salle obscure et surchauffée, il faut d’abord se presser sur le trottoir puis dans le corridor d’entrée. Au milieu de la bousculade, c’est beaucoup plus le français, l’allemand ou l’italien que l’on entend parler que l’anglais. Enfin, par reptations et mouvements d’épaules, on finit par accoster à une petite table de bois sur laquelle est posée la caisse : une boîte à chaussure dans laquelle vous déposez votre obole de dix dollars par personne. Puis, vous larguez à nouveau les amarres pour essayer de pénétrer dans la salle en profitant des mouvements de flux et de reflux. Vous avez d’abord le droit d’entendre, à la porte de la salle, puis, à l’occasion de départs, d’entendre et de voir, debout au fond de la salle, enfin, d’entendre, de voir et de vous asseoir ! La salle est sombre, surchauffée, le décor des plus simples : bancs de bois, affiches jaunies et poussière, mais on y entend, enfin, du jazz, quelque chose de fort, de joyeux, même si la petite grand-mère au piano a largement dépassé les soixante-dix ans. Et le public présent n’est pas venu pour le décor ou la bière, mais bien pour entendre du bon jazz Nouvelle-Orléans.

Mais c’est là un « conservatoire » d’un style de jazz, comment ce jazz se développe-t-il ? Quels sont ses nouveaux artistes locaux ? Où se représentent-ils ? Nous n’avons alors pu le découvrir. Au cours de ce voyage ma déception a été forte sur le jazz Nouvelle-Orléans et je m’en suis alors un peu désintéressé sans faire attention au fait que Winston Marsalis ou Harry Connick Junior sont issus de la ville. De plus, il semble que l’ouragan Katerina a participé à disperser les musiciens qui y travaillaient encore. Heureuse découverte récente : Evan Christopher et le groupe « Django à la créole »[2], avec une musique mariant les sources créoles de la musique de la Nouvelle-Orléans, l’héritage de Louis Armstrong et Duke Ellington, avec le jazz manouche. On parle à nouveau du jazz Nouvelle-Orléans !


[1] Simone de Beauvoir. « La force des choses ». 1963.

[2] Evan Christopher, « Django à la créole », 2008.Evan Christopher’s Django à la créole, « Finesse », 2010. Evan Christopher’s Django à la créole, « Live ! », 2014.