Une vision du monde très autocentrée – Une exhibition obsédante de la bannière étoilée

 

Etats-Unis La Nouvelle Orléans Le vieux carré

« Nobody is perfect »[1].

Pour les Américains, le reste du monde ne semble pas exister, ou comme une annexe. Les Etats-Unis sont un monde à eux seuls, ils sont « le monde ».

La rubrique « internationale » des quotidiens est réduite à pas grand-chose et comporte de nombreux articles traitant… des Etats-Unis !

Au musée de l’Air et de l’Espace, à Washington, par ailleurs remarquable par la qualité et la diversité de ses collections comme par l’organisation de ses présentations, le rôle des Européens dans la conquête de l’air est minimisé, voire tout simplement occulté. Rien sur Clément Ader, peu de choses sur la naissance de l’aviation en Europe. L’invention de l’aviation est seule à mettre au compte des frères Wright. Et, si une salle est réservée à la reconstitution d’une scène de la guerre de 1914 / 1918 en Europe, il y est essentiellement souligné l’arrivée des troupes américaines dans le conflit. Même ostracisme à propos des évolutions actuelles de l’aviation commerciale. Il faut avoir l’esprit tordu d’un Français et s’armer de patience pour trouver une référence aux réalisations européennes. Dans un coin de salle, au bas d’un présentoir, on finit par repérer deux petites photos, perdues, représentant l’une un Airbus, l’autre un Concorde.

L’accueil chaleureux que vous réservent les autochtones vous donne l’impression qu’ils vous considèrent comme un émigrant potentiel qui va, enfin, trouver la terre promise ! Ils semblent tellement persuadés que leur pays est le plus extraordinaire qui soit, le plus libre, le plus démocratique, le plus riche, qu’ils paraissent incapables de comprendre nos réserves sur la « société américaine ». Cet état d’esprit est certainement lié à l’histoire du peuplement des U.S.A et renvoie à l’exemple de la vision de l’Europe que développent les travailleurs émigrés africains. Les émigrés, aux Etats-Unis, comme en Europe, outre qu’ils sont partis pour fuir la misère de leurs pays, doivent affirmer, montrer qu’ils ont « réussi ». Dans leur volonté de s’intégrer au plus vite, ils propagent un discours plus radical encore. Fils, petits-fils d’émigrés, les Américains restent marqués par le discours de leurs parents sur leurs pays d’origine sans posséder d’informations sur les évolutions de ces pays, ni de réels éléments internationaux de comparaison.

L’autre élément parfaitement agaçant des Américains c’est leur manie de se draper dans la bannière étoilée. Celle-ci est l’objet d’une charge émotionnelle démesurée aux Etats-Unis. Représentant tout à la fois l'unité de la Fédération, les droits garantis par la Constitution, la « démocratie » et la « liberté » (à la mode des Etats-Unis), elle est l’objet d’un usage précis qui relève du code de l’Etat fédéral. Il est notamment fortement déconseillé d’arborer un drapeau usagé, abîmé ou sali. Pour le repriser ou le détruire, il convient d’avoir une « conduite respectueuse et digne » ! Pour la même raison, le drapeau ne doit pas être exposé à la pluie ou aux vents violents, à l’obscurité ou posé sur le sol ! Le drapeau des Etats-Unis, quand il est avec d’autres bannières, doit être situé à la place d’honneur, et jamais en-dessous d’un autre drapeau ! Une loi fédérale spécifique a même été votée par le Congrès, en 1989, le « Flag Protection Act »[2].

Sur la façade de sa maison, sur une hampe dans son jardin, sur le balcon de son immeuble, il est de bon ton d’y faire flotter le drapeau national. Manière de dire, « Je suis fier d’être américain », « Ici vit un « bon » Américain ! », « Je défends l’American Way of Life, la démocratie et la liberté ». C’est évidemment la porte ouverte à tous les conformismes et au nationalisme le plus étroit. Celui qui n’arbore pas le drapeau est suspect de n’être pas un « bon » Américain et un « vrai » défenseur de ses valeurs. Se draper dans son drapeau, c’est affirmer la suprématie de ses propres valeurs, refuser tout dialogue avec les autres cultures et autres conceptions de la démocratie comme de la liberté.


[1] Billy Wilder. Film “Some like it hot”. 1959.

[2] Le « Flag Protection Act » est toutefois inapplicable, la Cour Suprême ayant jugé que les réglementations sanctionnant l’outrage au drapeau étaient inconstitutionnelles, car elles portaient atteinte à la liberté d’expression, reconnue et protégée par le Premier Amendement de la Constitution américaine. La France imite la législation américaine, hélas en pire, car sans réaffirmer la prédominance de la liberté d’expression ; en mars 2003, un amendement à la loi pour la sécurité intérieure présentée par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, crée le délit d'outrage au drapeau ou à l'hymne national !