Une vie culturelle tristounette – Un attrait pour le paraître et les styles passés

 

Etats-Uis La Nouvelle Orléans Place d'Italie

Bâton Rouge, capitale de la Louisiane, trois cent mille habitants, et rien à voir : des quartiers infinis de villas en bois entourées d’un gazon. Au centre ville, les modestes « tours » de Downtown apparaissent ridicules et totalement écrasées par l’énorme pont sur le Mississippi qui permet aux bateaux de haute mer de remonter le fleuve.

Le médiocre « quartier des affaires », terne, sans grâce, côtoie raffineries et entrepôts. Tout cela donne l’impression d’une bourgade grandie beaucoup trop vite.

La vie culturelle semble assez tristounette à La Nouvelle-Orléans pour une ville de 450 000 habitants mais 1,4 million dans l’agglomération (l’équivalent en nombre d’habitants des agglomérations de Lyon ou de Marseille en France) : pas d’opéra, pas d’orchestre symphonique, quelques concerts de musique classique et pièces de théâtre représentées dans l’année… mais, bien sûr, de nombreux concerts de jazz. Il existe aussi un magnifique stade couvert pour des matchs de football américain. C’est d’ailleurs un des monuments les plus visités de la ville !

Peut-être pour ne pas être en reste avec leurs anciennes métropoles colonisatrices, les habitants de La Nouvelle-Orléans ont bâti une « Place d’Espagne » agrémentée d’une fontaine offerte par ce pays, une « Place d’Angleterre », « English Plaza », décorée d’une statue de Winston Churchill, et une « Place de France » (en anglais dans le texte) décorée d’une statue dorée de Jehanne d’Arc dans un style très saint-sulpicien.

Pour faire bon poids avec les différents pays européens ayant joué un rôle majeur dans l’histoire et le développement culturel, ou parce qu’il existe une communauté italienne significative, les édiles de la ville ont rajouté, il y a peu, une « Piazza d’Italia ». C’est un endroit curieux dont la décoration de marbre évoque les différents styles architecturaux de la péninsule, romain, renaissance et mussolinien dans une composition d’arcades, de lignes fuyantes, de masses peintes de couleurs fondamentales, laquelle fait penser immédiatement à une toile de Giorgio De Chirico ! D’autant plus que la pauvre placette, étant située à la limite d’un quartier à la dérive, est aussi vide de passants que les toiles du peintre futuriste. Sa décoration tombe déjà en morceaux, sans être ni réparée, ni nettoyée, et les seules ombres qu’on y remarque, dans les coins isolés, sont celles de rares zonards qui s’y réunissent pour s’y saouler.

Ce « provincialisme » se repère également dans le goût particulier avec lequel sont meublés et décorés les appartements de l’ensemble résidentiel dans lequel nous étions logés. Chaque logement était affublé d’un nom faisant référence aux éléments de sa décoration, éléments choisis soit dans l’histoire générale, soit dans celle de l’architecture.

Pour notre appartement, son titre était « The Columns ». En vertu de quoi, nous avions droit à deux superbes colonnes blanches dans un appartement de trente mètres carrés, ainsi que, dans la chambre, des gravures représentant diverses sortes de chapiteaux, doriques, ioniques et corinthiens. Pour faire bonne mesure, l’ensemble du mobilier accumulait tous les signes de la « distinction » : fauteuils profonds, table basse Directoire, plateau et coupes en étain, stores « bouillonnés », plantes vertes en plastique, moquette bleu-nuit, meubles sombres, peinture représentant une grande demeure antebellum à fronton de colonnes dans un large cadre de bois doré, fausses soieries, coussins... Il ne restait pas beaucoup de place pour se retourner. « Classieux » mais pas pratique. D’autres thèmes étaient exploités pour les autres appartements comme « Napoléon » ou « Joséphine » avec portraits en pied des deux intéressés sur un mur et meubles de style en rapport. Globalement, les rideaux à fanfreluches, les cordons, galons et pompons, les tissus de velours, les meubles sombres au style un peu lourd, les moquettes profondes de couleur bleue-nuit, apparaissent très appréciés. Bref, très « nouveau riche » qui veut le faire savoir.

A défaut, quand le propriétaire de logements souhaite faire simple, la tendance Far-West / Sud rural se porte bien.