Une ségrégation ancienne – Organisée désormais par couronnes urbaines concentriques

 

Etats-Unis Environs de Thibodaux Village d'esclaves

Des grandes plantations du Sud, il ne reste en Louisiane que quelques très belles résidences antebellum qui soulignent le luxe dans lequel vivaient les riches planteurs.

La cuisine n’était, bien sûr, pas située dans la demeure du planteur, mais dans une maisonnette annexe où s’activaient cuisiniers et domestiques noirs. Pour s’assurer que le serveur ne profitait pas du trajet pour goûter à la soupe ou manger un morceau de viande, celui-ci devait siffler pendant tout le trajet qui le séparait de la cuisine à la table du maître !

Des villages de travailleurs noirs des plantations, il ne reste rien, ou presque. Dans les environs de Thibodaux, à condition de bien chercher, car rien ne l’indique, on peut encore voir un de ces villages aujourd’hui abandonné : quelques baraques en planches, aux planchers surélevés, les façades précédées d’un auvent et les toits à double pente couverts de tôle ondulée. Disposées en rangs parallèles, elles servaient au logement des Noirs ; devant l’une de ces maisonnettes, le corps d’une pompe à essence à main conserve encore quelques traces de peinture rouge. A l’écart, à l’entrée du village, une minuscule école, bâtie sur le même modèle que les autres cabanes, mais pourvue d’un auvent entourant les quatre côtés, comprend une seule salle de classe. Le village est envahi par les herbes et retourne tout doucement à la végétation. A l’autre extrémité du chemin, l’ancienne sucrerie est en ruine. Quelques pans de mur de briques, le bras d’une grue qui servait à prendre la canne dans les charrettes... Tout autour, d’immenses plantations de canne à sucre, sur des dizaines et des dizaines de kilomètres ; les pieds de cannes sont rigoureusement alignés et d’une taille parfaitement identique.

Au pavillon d’accueil du « village acadien » de la ville de La Fayette, nous demandons des renseignements pour nous rendre dans un restaurant conseillé par le Guide du Routard. La jeune femme apparaît très étonnée de notre demande. Pourquoi aller dans un quartier éloigné alors qu’il y a tant de self-services aux alentours ? Elle finit par nous avouer qu’il s’agit d’un quartier noir. « Oh, vous savez, on ne se mélange pas entre Cajuns et Noirs ! ».

Les villes américaines connaissent une ségrégation très forte, organisée en couronnes concentriques. Le cœur de la ville est composé d’énormes et magnifiques buildings : c’est le quartier des affaires. Puis, on tombe très vite dans les quartiers les plus misérables, pour aller petit à petit vers des quartiers de plus en plus riches en s’éloignant du centre. Les classes les plus aisées revendent leurs maisons pour de nouvelles habitations plus éloignées, à la périphérie de l’ensemble urbain, elles les revendent à des classes moins riches... et ainsi de suite par couronnes successives.

Avant l’ouragan Katrina (2005), certains quartiers noirs de la Nouvelle-Orléans n’avaient rien à envier aux quartiers d’habitation de couches moyennes ou pauvres de certaines villes du Tiers-monde que j’ai pu fréquenter, hors bidonvilles. Comme à Luanda notamment, les routes sont éventrées, les trottoirs couverts de détritus et effondrés, les fils électriques pendent lugubrement de poteaux tordus, les maisons sont lépreuses aux façades décolorées, volets cassés, rideaux déchirés. Certains bungalows sont abandonnés, à moitié détruits ou brûlés, des épaves de véhicules désossés traînent sur les bas côtés ou sur les trottoirs à côté de vieux canapés défoncés, les immondices s’accumulent partout. C’est le tiers-monde aux portes même du « vieux carré » et je peux bien avouer que je n’étais pas fier dans mon automobile. Les reportages visionnés et les articles lus après le passage de Katrina laissent à penser que la situation est pire encore aujourd’hui.

Cette désolation des quartiers noirs pauvres n’est pas le seul fait des Etats du Sud, juste derrière le Capitole, à Washington, j’ai souvenir de quartiers dans lesquels la situation n’était guère plus agréable.

Un Américain "moyen", blanc, semble avoir parfois plus de respect pour sa bannière étoilée que pour la vie d’un Américain « de couleur » !

Liste des articles sur Souvenirs et impressions de Louisiane.

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