Les Etats-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient – Bientôt le temps de la « vieille Amérique » ?

 

Etats-Unis Washington Viet Nam Veterans Memorial

« America (...), c’est un mot robuste, puissant, viril, idéal pour désigner un pays jeune, un peuple fort, en plein essor... » [1].

La puissance américaine est mitée. La pauvreté s’affiche partout, sauf au centre de Washington D.C, encore que, même là, il ne faut pas aller bien loin pour tomber dans des quartiers misérables, un pâté de maison après la « pièce montée » du bâtiment du Congrès et vous êtes dans un « Bronx » aux maisons dévastées, aux immeubles abandonnés.

Tout étonne un Européen : l’état d’entretien médiocre des quartiers même centraux, les trottoirs sur lesquels l’herbe pousse dans les fentes du goudron, les bas côtés défoncés, les ponts métalliques rouillés, les poteaux de bois des lignes électriques et téléphoniques tout de guingois, les enchevêtrements de fils qui traversent tous les quartiers même les plus huppés, l’abandon des espaces verts et des squares. Le tout avec un curieux mélange de prouesse technique et d’absence d’entretien : les croisements autoroutiers peuvent être composés de ponts audacieux, mais la chaussée est pleine de nids de poule ; des ascenseurs panoramiques vous montent à toute vitesse en haut d’un building, mais à la sortie vous vous tordez la cheville sur des trottoirs non entretenus.

Les aspects les plus « clean » des USA, sont soit liés aux centres d’affaires, aux espaces commerciaux ou au tourisme de masse : aéroports impeccables, building remarquables, quartiers d’hôtels magnifiques, vastes centres commerciaux clinquants, immenses édifices d’aquariums tropicaux, maisons antebellum dans lesquelles des dames en crinoline vous accueillent et conduisent la visite, bateaux anciens à roues à aubes sur le Mississippi... comme si une partie du pays était transformée en parc d’attraction ! Là, tout y est « nickel », d’une propreté irréprochable, avec de vastes espaces parfaitement organisés.

L’impression générale donnée c’est néanmoins celle d’un boxeur qui s’essouffle. Certes, il est encore le meilleur et il a de beaux restes, mais il s’est épuisé dans son combat contre son adversaire communiste. Il a finalement eu sa peau, mais la lutte fut rude et il y a laissé des plumes, et même parfois perdu la face comme au Viêt-Nam. A Washington DC, au milieu du décor de théâtre du « Mall » composé de bâtiments « néo-grecs » comme celui de la cour fédérale, ou « néo-romains » comme la gare, voire « néo-classiques » comme le Capitole et la Maison Blanche, ou « néo-je-ne-sais-quoi » avec le Lincoln mémorial et « néo-égyptien » avec le Washington-Monument, comme si l’on avait voulu empiler tout les monuments du monde au même endroit, en plus grand, en plus haut, en plus neuf... le « Vietnam Veterans Memorial ». Le monument aux morts de la guerre du Viêt-Nam, portant les noms des 58.132 combattants disparus au cours du conflit, est un mur de marbre noir enterré, en coin, dans la pelouse du Mall, comme quelque chose de caché, de honteux, qu’on ne peut exhiber ni trop haut, ni trop fort, comme une guerre perdue. Mais aussi, simple mur de marbre noir, il s’y affirme quelque chose de plus fondamental, de plus profond, de plus tragique que les médiocres et prétentieuses pâtisseries « néo » qui l’entourent. La foule se presse en un long ruban, recueillie, comme devant un nouveau mur des lamentations. C’est tout simplement beau et très impressionnant. Bien sûr, quelques bons esprits à l’esprit bien nationaliste et revanchard ont été « choqués » par ce monument si simple, si pur et si caché. Pour combler leur besoin de grandiloquence, une abominable statue réaliste de GI en pleine action guerrière a été déposée à l’entrée du site, bien visible ! Mais cela ne change rien, la plaie reste ouverte dans le mail.

Pendant que le champion s’épuisait à montrer qu’il était le plus grand, le plus fort, le meilleur, le monde changeait. Certes, il est encore le plus grand, mais de plus petits grandissent vite et le ring commence à être encombré de jeunes sportifs prometteurs et le combat change. Il ne s’agit plus de défendre sa couronne contre un seul, mais d’essayer de maintenir sa prééminence contre tous ces jeunes ambitieux qui veulent aussi accéder au podium. Le champion est vieillissant, il peut encore asséner quelques belles droites et d’antiques supporters nier l’évidence en glorifiant leur champion, mais rien n’y fait, de jeunes dragons occupent progressivement l’arène que la « vieille Amérique » doit désormais partager.