Où il nous faut effectuer une « auto-évaluation » de la visite d’étude – Quelques interrogations sur l’intérêt et l’évaluation de ces visites d’étude

 

Roumanie Bucarest lycée Virgil Madgearu 3

A l’issue de la visite d’étude, il est demandé aux participants d’effectuer une auto-évaluation. L’exercice apparait plutôt convenu, les participants s’accordant très vite pour évacuer tout ce qui pourrait fâcher. Ensuite, il n’est pas si facile de souligner des références communes, sinon les plus évidentes (qualité de l’accueil, engagements des enseignants roumains et faiblesse de leurs salaires…), entre des professionnels étrangers de nationalités différentes, mais aussi de fonctions différentes. Bref, je ne vois pas très bien ce que l’Union Européenne peut tirer de ces bilans qui m’apparaissent très superficiels.

Il ne semble pas non plus que l’Union Européenne ait fait une évaluation de l’ensemble de ses différents programmes d’échange, autre que financière bien sûr. Sur le site dédié, il est d’ailleurs bien difficile de s’y retrouver dans le fatras des textes technocratiques, juridiques et décisionnels, de la Direction Générale Education et Culture de l’Union Européenne. Cette institution étant manifestement frappée du même syndrome que les autres grandes organisations internationales : l’autojustification de ses activités.

En fouillant dans ce bazar constitué presque exclusivement de textes en anglais, on finit par trouver quelques références sur l’évaluation des programmes d’échange. Elles concernent le plus souvent l’efficacité (nombre de visites, origines des participants…), l’efficience (rigueur de la gestion…), rarement l’impact qualitatif ou leur pertinence. Tout au plus, finit on par découvrir, au détour d’un paragraphe, une phrase sibylline de ce type : « déficit d'évaluabilité du programme, faute d'une construction suffisamment hiérarchisée des objectifs et d'indicateurs qui leur seraient associés ». Tout cela pour dire que la Commission est incapable de juger de l’impact et de la pertinence de ses programmes parce qu’elle n’en a pas précisé les objectifs !

Il apparait évident qu’une évaluation exigerait en tout premier lieu que les objectifs des programmes soient clairement explicités, en écartant les formules ronflantes, creuses et consensuelles utilisées le plus souvent dans l’administration européenne, pour mettre en évidence les fondements des politiques d’échanges, mais aussi, des politiques économiques qui les sous-tendent. Cela impliquerait aussi que quelques références théoriques de base soient précisées d’autant que les approches des différentes nationalités de l’UE ne sont manifestement pas les mêmes. L’impasse qui est faite sur ces réflexions théoriques de base favorise une approche très superficielle et introduit de nombreux biais dans l’évaluation de ces actions. Rien de plus exaspérant, par exemple, pour un Français que d’entendre parler de « bonnes pratiques » en matière d’éducation, un terme d’origine anglo-saxonne dans la littérature de l’Union. Dans la culture française ce terme implique un jugement moral qui fausse l’analyse critique. Il n’existe pas de « bonnes » ou de « mauvaises » pratiques à priori, mais des pratiques adaptées, ou foncièrement inadaptées, à des situations, des publics, des contenus, des cultures, des histoires, chacun de ces éléments étant particulier. Pour un Français, ce n’est donc pas en référence à des règles morales qu’il convient de « juger » (bon / mauvais), mais bien un système de références objectives qu’il convient d’analyser (adapté ou non à une situation).

Enfin, il faudrait pouvoir confronter les objectifs de l’UE avec les motivations des participants, lesquelles sont certainement de nature fort différente entre elles si j’en juge par les comportements des membres de notre groupe. Quelle est la part de l’intérêt touristique ? De l’attrait d’un voyage à l’étranger ? Du souhait de faire une promenade ? Voire même de rencontrer des amis dans le pays choisi ? Il serait également intéressant d’analyser quelles sont les retombées de ces visites dans les pratiques pédagogiques ? Les projets élaborés et les actions conduites ? En conséquence, seule une enquête sociologique approfondie permettrait d’avoir quelques informations. On en est loin.

Mais l’Union Européenne souhaite-t-elle vraiment une évaluation fine de ses programmes d’échange ? N’est-il pas préférable de « faire comme si » en ne s’interrogeant que sur les détails de la mise en œuvre ?

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