Où la ville de Bucarest est considérée comme le « petit Paris des Balkans » – Les architectes français à Bucarest

 

Roumanie Bucarest Palais Cantacuzène

Les Roumains semblent très fiers du titre de « Petit Paris des Balkans » de leur capitale, c’est que les bâtiments publics comme les édifices privés construits à la fin du XIXe font fréquemment référence au classicisme français, mais bien évidemment avec la pompe et la prétention de cette époque. En conséquence, les bâtiments du centre ville apparaissent plutôt chargés, corniches saillantes, entablements hauts et décorés, encadrements marqués des fenêtres, frontons massifs, moulures épaisses, nombreuses statues. Les volumes sont déséquilibrés au profit des lieux d’accueils, marquises et escaliers, ou des pièces de représentation, halls et salons.

« … on aperçoit, peu après la place Victoriei, sur la droite, le perron flanqué de deux lions, l’énorme marquise en forme de coquille, les balcons en encorbellement, toute l’haussmannienne opulence de l’ancien palais Cantacuzène » [1].

En 1847, un incendie ravage une grande partie de la ville dont de nombreuses bâtisses étaient en bois, détruisant environ 2 000 maisons. Un plan de reconstruction est élaboré s’inspirant de l’urbanisme des grandes capitales européennes avec l’objectif de transformer ce qui était encore une bourgade en une grande ville. Cette volonté sera encore accentuée quand Bucarest deviendra, en 1859, la capitale des Principautés roumaines. C’est à cette époque que furent tracés de grands axes dans l'objectif de créer un espace urbain semblable aux grandes métropoles européennes, Paris, Londres, Berlin ou Vienne. La monumentalité devient un moyen de promotion de la capitale roumaine et du pays… sans y parvenir tout à fait, le nouveau plan d’urbanisme se superposant aux anciennes limites cadastrales pour créer « une capitale toute ravaudée » selon l’expression de Paul Morand.

« Pas une rue qui n’aille à hue ou à dia ; des sinuosités sans fin, comme dans un village où l’on a d’abord posé les maisons, puis obligé les rues à les contourner. (…) Le caprice, la hasard, le goût de conserver de la verdure ont fait de cette ville une pointe avancées du levant, un fouillis anarchique auquel, de temps en temps, on essaye de donner l’aspect d’une cité harmonieuse, par des initiatives brutales »[2].

Les architectes français ne sont pas pour rien dans la ressemblance de Bucarest avec le Paris de Napoléon III. Plusieurs d’entre eux interviennent à Bucarest comme Charles Gottereau, le père, et Paul, le fils, qui réalisent plusieurs monuments imposants de la nouvelle capitale : la Caisse d'épargne et des consignations (surnommée le « Petit Palais » pour sa ressemblance avec l'édifice parisien), la Fondation Universitaire Royale (1895), l'ancien Palais Royal, ainsi qu'une aile du Palais de Cotroceni (1893). Un autre duo d'architectes français, Joseph Cassien-Bernard (co-concepteur du Pont Alexandre III à Paris) et Albert Galleron, édifie la Banque Nationale, de style «éclectique». C'est également Albert Galleron, avec l'architecte roumain Leonida Negrescu, qui participera à la construction de l'Athénée (1888), une salle de concert de style néo-grec. Enfin, un autre Albert, Albert Ballu avec Ion Mincu bâtit le Palais de Justice (1895) en style Renaissance française.

Heureusement, derrière ses avenues dégradées, saccagées, polluées, Bucarest est restée une bourgade avec de petites rues sinueuses aux pavés inégaux avec des maisonnettes aux jardins plantés d’arbres fruitiers et entourées de palissades branlantes.

« C’est une vraie capitale ; elle en possède les souffle, l’ampleur, le mépris majestueux et nonchalant de l’espace »[3].


[1] Dominique Fernandez. « Rhapsodie roumaine ». 1998.

[2] Dominique Fernandez. « Rhapsodie roumaine ». 1998.