Où nous sommes conviés à visiter le château de Bran, censé être le château de Dracula – Une réputation fort peu méritée pour un château au nouveau propriétaire américain impécunieux

 

Roumanie château de Bran 1

La seconde visite touristique qui nous est proposée est celle du château de Bran qui a la réputation d’être le château de Dracula. Réputation totalement surfaite puisque Vlad Tépes n'y aurait passé qu'une seule nuit. Décidemment, les visites touristiques ont des thèmes bien curieux en Roumanie ! Entre le palais du Peuple à Bucarest et le château de Bran, lequel symbolise le mieux la demeure d’un vampire ?

Le premier château de Bran a été édifié par les Chevaliers teutoniques au début du XIIIe siècle pour contrôler la passe de Rucar-Bran, dans l’arc des montagnes carpatiques, par où passait une route commerciale stratégique entre la Transylvanie, au Nord, et la Valachie, au Sud. Au début du XVe siècle, la Transylvanie était alors sous dépendance hongroise et son Voïvode était le gouverneur de la Hongrie. La Valachie, au Sud, et la Moldavie, à l’Est, étaient autonomes et constituaient le dernier rempart du christianisme face aux Ottomans qui avaient atteint la Bulgarie après avoir pris Constantinople (1453).

La première construction du château était en bois. Puis l’édifice a été développé compte-tenu de son importance stratégique pour atteindre, au XIVe et XVe siècle, une construction proche de celle que l’on peut visiter aujourd’hui : un château ramassé, sur un piton rocheux fermant la passe, entourant une cour intérieure étroite. Son architecture, formes trapues, toits pentus, sa décoration, peut-être aussi sa restauration en 1920 pour en faire une résidence royale, font penser à un château suisse, allemand ou autrichien.

En 1927, pendant le règne de la reine Marie, alors que le château servait de résidence royale, on découvre un passage secret, un étroit escalier dans l’épaisseur de la muraille reliant deux étages du château, lequel aurait été installé pour espionner ou pour évacuer les lieux plus facilement. Par suite d’un accident, un enfant tombé dans le puits de la cour intérieure du château, un long tunnel secret est également mis à jour, reliant le puits à la campagne extérieure. Il devait permettre d’évacuer le château où d’y faire pénétrer des soldats ou des vivres sans attirer l’attention de l’ennemi.

En mai 2006, le château de Bran, qui avait été nationalisé pendant le régime socialiste, a été restitué au descendant de la famille royale, Dominique de Habsbourg, petit-fils de la reine Marie. L’éventuel prétendant au trône est un architecte de 68 ans, vivant aux Etats-Unis, qui n’a semble-t-il pas les moyens d’entretenir son nouveau patrimoine. Dans l’attente d’une solution acceptable, tant pour le nouveau propriétaire que pour conserver le patrimoine national, une entente a été conclue avec l’Etat roumain assurant que le château restera un musée durant au moins trois années supplémentaires, le temps de trouver un compromis.

Finalement, dans cette affaire, qui vampirise quoi ? Et si la Roumanie avait tout simplement conservé ses bijoux de famille ? Imagine-t-on l’Etat français rendre Versailles au dernier rejeton des Orléans ?

« Toute la journée d’hier, nous avons voyagé, nous rapprochant des montagnes et nous enfonçant de plus en plus dans une région aussi sauvage que désertique. Nous longeons de terribles précipices où s’engloutissent d’innombrables chutes d’eau. La nature paraît avoir choisi ces zones pour y tenir son sabbat ! » (…) [1].

La tranquille et pimpante petite ville qui entoure le château, les vertes forêts alentours, les pâturages de la vallée, et le château blanc aux toits rouges qui domine l’ensemble, composent un tableau agréable au charme agreste. Rien à voir avec la demeure isolée et ruinée, entourée de sombres forêts, que l’on imagine être la demeure du comte Dracula à la lecture du roman de Bram Stocker ou en visionnant le film de Murnau.