Voyages de dernière minute à prix réduit – Bateaux clinquants ou discrets 

 

Egypte Thèbes Rive occidentale

« Cependant qu’apparaît dans sa niche de pierre
La merveille de l’Egypte debout dans sa lumière
La statue d’Osiris vivante dans le bois mort
Vivante à faire mourir une nouvelle fois de plus
Toutes les idoles mortes des églises de Paris
Et les amants s’embrassent
Osiris les marie
Et puis rentre dans l’ombre

De sa vivante nuit »[1].

Cette année-là, ne pouvant faire un voyage trop coûteux, mais désirant néanmoins goûter aux plaisirs des voyages à l’étranger ou lointains, nous décidons d’essayer les promotions de dernière minute des agences de voyages. Tunisie ? Sicile ? Martinique ? C’est finalement une croisière sur le Nil qui est proposée à un prix très compétitif. Le côté « voyage organisé » ne nous enchante guère, attachant à ce terme des images plutôt négatives : s’agglutiner toute une semaine avec les mêmes personnes, supporter le retard des uns et les plaisanteries douteuses des autres, se lever et manger tous en même temps, visiter les monuments en groupes compacts sous la férule d’un guide, suivre à la lettre un programme prévu d’avance dans lequel on ne peut changer un iota, se précipiter d’un autocar à un temple, puis enchaîner de temples en temples pour retourner finalement dans son autocar.

« Autrefois, voyager c’était flâner. Aujourd’hui, le temps rare est cher, il faut l’économiser, donc organiser la flânerie comme le reste »[2].

Mais la destination, le programme lui-même, et le prix sont attrayants et ont finalement raison de nos appréhensions. Qui vivra, verra !

Les bateaux nous attendent sagement, à quai, à Louqsor, grosses unités au château massif de quatre étages. Par suite de l’exiguïté des quais, plusieurs bâtiments sont amarrés bords à bords et, pour atteindre « notre » navire, il nous faut en traverser plusieurs autres, ce qui permet de juger de la décoration intérieure de chacun d’entre eux. Marbres verts et noirs au sol, glaces sur les murs, escalier à double évolution façon « Versailles » pour les uns, tapis arabes, cuivres, petite fontaine murmurante façon « orientale » pour les autres, ou colonnes troncs coniques vertes et vitraux façon « modern-style » encore.

D’autres enfin mélangent style moderne et sièges « à la romaine » dans une confusion étrange digne d’un décorateur américain entassant pêle-mêle les signes de la modernité, glaces, lumières et métal. Reste encore ceux d’un luxe tapageur par accumulation de références anciennes. Ces bateaux arborent souvent des noms relevant de bien peu d’imagination. Les plus laids se veulent généralement « modernistes » : « Télestar », « Nil Regency », « Niles Leaders ». Il y a bien sûr les historiques qui s’imposent : « Toutankhamon », « Ramsès », « Chéops », « Néfertiti » et tutti quanti. Quelques uns sont plus poétiques : « Beauté du Nil », « Secret du Nil ».

Heureusement, « notre » navire est d’un goût plutôt discret, il fait partie de la catégorie « orientale » avec tapis bruns au sol de type Kilim, tapisseries et plateaux de cuivre aux murs. Les cabines sont sobres et équipées d’une télévision, pour tester les chaînes égyptiennes peut-être ?

« Chaque croisière commence plusieurs fois et plusieurs fois s’achève, jamais tout à fait (surtout lorsqu’elle se poursuit dans un journal de bord, une chronique ou un récit de voyage »[3].


[1] Jacques Prévert. « Osiris ou la fuite en Egypte ».

[2] Paul Morand. « Le voyage ». 1964.

[3] Predrag Matvejevitch. « Bréviaire méditerranéen ». 1995.

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