Un temple imposant mais néanmoins charmant

 

Egypte Philae 1 David Roberts

Au bord du fleuve, le temple de Nectanebo Ier, présente une étrange colonnade hathorienne : les chapiteaux floraux papyriformes ouverts, soutiennent des tailloirs sur les faces desquelles sont sculptées sur chaque face la tête de la déesse Hathor, aux longs cheveux et aux oreilles de vache.

« Autrefois, venaient s’y accoster les grandes barques transportant ceux qui travaillaient au temple pendant une semaine avant de repartir vers le monde extérieur. La tribune, jadis occupée par un collège de musiciennes dont les mélodies accueillaient les arrivants... »[1].

Le grand pylône est précédé d’une esplanade trapézoïdale, bordée à l’Est et à l’Ouest d’une colonnade aux chapiteaux campaniformes très différenciés, plusieurs rangs d’ombelles de papyrus sont sculptés sur la corbeille du chapiteau. Des chambres sont situées derrière la colonnade. Devant le pylône, deux lions de granit montent la garde. Sur le pylône est représenté Pharaon, « Maniant la massue blanche, le souverain fracassait le crâne des ennemis visibles et invisibles, rétablissait l’ordre dans le chaos et illuminait les forces des ténèbres »[2]. Au-dessus, Pharaon s’adresse à Isis, déesse de l’amour divin, mère divine d’Horus, protectrice et consolatrice, à Horus, dieu à tête de faucon, fils d’Osiris et d’Isis, premier pharaon mythique de l’Egypte, et Hathor, mère de l’Horus solaire, sœur Isis, déesse de la joie et de la musique, représentée avec la tête surmontée de cornes, en forme de lyre, enserrant le disque solaire.

La porte du premier pylône ouvre sur la cour à portiques, dominée par un second pylône. Cette cour centrale s’ouvre également de chaque côté sur des colonnades et des pièces, les bibliothèques, où étaient entreposées les archives composées de papyrus et de rouleaux de cuirs. Sur le second pylône « Pharaon affirmait à nouveau sa présence ; il triomphait à jamais des forces ténébreuses »[3]. Au pied de la partie droite du pylône, une stèle, taillée dans le rocher, énumère les donations du temple. La salle hypostyle aux dix colonnes n’est pas couverte entièrement. Une partie de la salle fut transformée en église copte après l’édit de Justinien en 535 qui fermait le dernier temple où se célébrait l’antique religion égyptienne.

« J’ai été surpris et émerveillé de l’élégance de ses proportions, mais plus encore des splendides compositions de ses couleurs, que l’on croirait à peine étalées ; et même là où elles ont été exposées au soleil, elles conservent leur fraîcheur »[4].

Colonnes aux chapiteaux papyriformes ouverts, verts, soulignés de feuilles bleues et de fleurs rouges, au plafond sont représentés les vautours, symbole des deux Egypte, aux ailes déployées, aux plumes successivement jaunes, rouges, bleues, l’ensemble sur un fond bleu-nuit, constellé d’étoiles d’or. Sur les entrecroisements, des barques solaires sur fond bleu-nuit. Las, toutes ces couleurs magnifiquement restituées dans les dessins de David Roberts ont disparu par suite de la construction du petit barrage d’Assouan en 1898 : l’île de Philae étant submergée la majeure partie de l’année jusqu’au deux tiers des pylônes, les eaux du Nil ont finalement eu raison des magnifiques couleurs des murs du temple. Dans le sanctuaire, l’adyton comporte encore le naos, le monolithe de granit abritant la chasse de la déesse. Le déambulatoire autour du naos dessert la chambre des étoffes, la salle du trésor, la chambre de purification, la salle des offrandes.

Le kiosque de Trajan était le reposoir de la barque sacrée d’Isis. Ses quatorze colonnes présentent un tailloir particulièrement élevé lui donnant une grâce aérienne. Au nord de l’île, le portique d’Hadrien (IIe siècle) est une porte d’architecture romaine constituant ainsi le seul lieu où est présente une voûte à claveaux.


[1] Christian Jacq. « Pour l'amour de Philae ». 1990.

[2] Idem.

[3] Idem