Un temple bien préservé grâce aux crues du Nil

 

Egypte Edfou David Roberts

« Le soleil de midi décochait des flèches de plomb ; les vases cendrés des rives du fleuve lançaient de flamboyantes réverbérations ; une lumière crue, éclatante et poussiéreuse à force d’intensité, ruisselait en torrents de flamme, l’azur du ciel blanchissait de chaleur comme un métal à la fournaise ; une brume ardente et rousse fumait à l’horizon incendié »[1].

Parfois, sur les rives, la disposition des trois bandes de couleur change, la première bande, celle de la berge peut s’amenuiser, disparaître, la rive s’étendant, plate, faite de lagunes où s’enfoncent les buffles... ou la montagne s’éloigne dans le lointain ne laissant plus deviner sa présence ocre dans la touffeur de l’air. Ou, au contraire, la montagne s’approche jusqu’à toucher le Nil, elle fait disparaître berges et jardins dans un amas de roches surchauffées.

« On a beau cheminer des heures et des heures sur cette eau limoneuse, on a beau refouler pendant des jours et des jours ce courant, qui glisse le long de la dahabieh en petites ondes pressées, on ne voir décroître ni en abondance, ni en vitesse, ce fleuve, aux tiédeurs fécondantes près desquelles nos fleuves français sembleraient de négligeables ruisseaux »[2].

A Edfou, le monument est en excellent état de conservation et permet d’avoir une idée précise de l’organisation d’un temple. Edfou est un temple tardif, la construction ayant été décidée par Ptolémée III, mais le plan d’ensemble est calqué sur celui des temples plus anciens. La construction ne s’en est pas moins étalée sur deux cents ans. « ... débris gigantesques d’un monde démesuré... »[3]

L’organisation architecturale du temple symbolise la montée vers le mystère. L’enceinte de brique sépare le domaine du Dieu de celui du commun des mortels. Le pylône constitue ensuite l’entrée monumentale du temple ; il est décoré de représentations de pharaon effectuant des offrandes à Horus, notamment celle de ses ennemis qu’il massacre avec sa masse d’arme. Passé le pylône, on pénètre dans une première cour, vaste, ensoleillée, carrée, bordée sur trois faces d’une colonnade. Cette cour constitue le vestibule de la salle hypostyle, couverte, mais dans laquelle la lumière pénètre encore par les parties supérieures des murs de façade qui restent libres. Puis, la dernière salle, l’adyton, aux volumes étroits et où la lumière ne diffuse plus que par de faibles orifices dans le plafond ou les murs. Au centre de l’adyton, le naos de granit rose qui constitue la dernière enveloppe protectrice du Dieu. Le déambulatoire, ou « couloir mystérieux », entoure l’adyton et dessert de petites chapelles destinées à des rites spéciaux, mais aussi à stocker les étoffes, les mobiliers, ou accueillir les statuettes des divinités rendant visite à Horus. Si l’on se place dans l’axe du temple, on observe la succession des portes des différentes salles, qui sont de plus en plus petites et étroites au fur et mesure que le sol du temple s’élève et que son plafond s’abaisse.

Le naos abrite la statue du Dieu. Il fallait s'assurer de sa présence divine permanente par la satisfaction de ses besoins, offrandes,  entretien quotidien,  nourriture,  habillage, mais aussi sa « régénération » par la lumière solaire, soit par des raies de lumières venant frapper la statue à certaines heures, notamment au réveil, soit en l’exposant sur le toit du temple. La lumière, dans le temple, n’est pas simplement destinée à l’éclairage, elle est l’émanation du divin et vient régénérer les statues et bas-reliefs du temple. Le toit, intact, permet de se rendre compte de l’atmosphère du lieu et de son éclairage par de petites ouvertures dans la toiture ou dans les murs pour l’éclairage des chapelles.

A Edfou, comme dans la majorité des temples, les dépôts du Nil avaient été si abondants qu’ils avaient submergé petit à petit le monument. A la fin du XIXe siècle, ils atteignaient généralement le haut des colonnes des grandes salles. Celles-ci étaient souvent utilisées, soit pour l’habitation, soit pour le stockage de marchandises.


[1] Théophile Gautier. « Une nuit de Cléopâtre ». 1858.

[2] Pierre Loti.