C'est le souk - Les Français y sont fauchés !

 

Egypte Louksor David Roberts

Le temple de Louqsor s’ouvre par un pylône, immense, un portail composé de deux tours rectangulaires, massives, aux murs légèrement inclinés, réunies par une porte monumentale. Le pylône est précédé de deux énormes statues monolithes de pharaon, assis, les mains posées sagement à plat sur les cuisses. En face, une longue allée de sphinx accroupis conduisait jusqu’au temple de Karnak, mais aujourd’hui la ville moderne, située quelques mètres plus haut par suite des apports de limon du Nil, a recouvert la grande allée. Ces dépôts de sédiments expliquent également la présence d’une mosquée perchée dans les ruines du temple, la mosquée d’Abou El Haggag.

La rue commerçante est bordée de vendeurs de bimbeloterie pour touristes, pierres dures, tee-shirts, dinanderie, foulards, papyrus, albâtre. Mais, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la ville, se multiplient les étals de marchands de fruits et légumes, tomates, petits citrons verts disposés en petits tas, pommes de terre, patates douces, aulx, bottes d’oignons, mangues odorantes, pommes, petites figues noires, brassées de basilic, mais aussi cordonniers, coiffeurs, marchands de draps, vendeurs d’épices dans des couffins, safran, poivre gris, blanc, noir, cumin... quincailliers avec des fers de houe, des coutelas, des chaînes de tailles différentes, des montagnes de paille de fer... Mais que peuvent-ils bien faire avec des quantités pareilles de paille de fer ?

Tout cela est posé le plus souvent au sol, sur un bout crasseux de couverture, de foulard, un morceau de tissus d’origine non identifiable, un morceau de bâche, un sac de pommes de terre. Les objets pour étrangers, plus onéreux, plus « nobles », sont posés sur des étalages, en hauteur, afin qu’ils soient plus facilement visibles et plus à la portée des mains des touristes.

Comme il est encore tôt dans l’après-midi, cinq heures, le souk reprend vie doucement et progressivement. Certains vendeurs terminent leur sieste sur un bout de trottoir ou dans leur échoppe, à proximité des marchandises.

Les maisons doivent dater des années trente, avec de petits balcons arrondis, mais l’ensemble a été restructuré, aménagé, surélevé, par les occupants au fur et à mesure de l’extension des familles, des besoins d’espace pour le commerce ou l’artisanat. Des boutiques ont été construites dans les cours, les balcons fermés, des étages rajoutés, le tout en briques, à la va-vite, de guingois. Les constructions sont imbriquées les unes dans les autres. Les lampadaires, penchés, à l’ampoule pendante semblent bien fatigués. Les rues sont défoncées, le trottoir est très étroit et généralement occupé par les bâches et tables des petits commerces, la chaussée est couverte de boue, de détritus végétaux et de morceaux de plastique. Sur la chaussée se croisent touristes et petits ânes traînant de lourdes charrettes de farines ou de cages de poussins piailleurs, mais aussi les habitants faisant leurs courses d’alimentation ainsi que de magnifiques calèches pour étrangers, noires, aux rayons de roues rehaussées de filets bleus, aux moyeux de cuivre brillant, avec des garde-boue agrémentés de plaques d’aluminium brillantes, astiquées, cloutées et avec des ornements de capots de voiture, des lumières vertes et rouges, des sièges de couleurs vives recouverts de plastique transparent. Tout cela se croise comme il peut.

Chaque vendeur vous interpelle, essaye d’attirer votre attention sur ses produits, « Bonjour, mon ami », en français, en italien, en anglais, en allemand... Le jour où viendront des touristes japonais, chinois ou indiens, les vendeurs ne manqueront pas d’apprendre très vite les rudiments de ces langues dans l’espoir de vendre leurs produits. Après la phrase d’accroche, le vendeur essaye de vous détailler les qualités de son produit puis va mettre en évidence, décrocher ou étaler toute marchandise sur laquelle vos yeux se seraient incidemment et malencontreusement posés. Pour peu que vous fassiez une remarque sur un article, c’est tout l’étalage qui vous est mis dans les mains. Si jamais vous êtes intéressé, alors c’est le grand jeu du marchandage qui recommence. Voir plus haut ! Mais manifestement les vendeurs ont bien du mal avec les Français et préfèrent généralement les Allemands, peut-être aussi les Américains, mais c’est une denrée qui se fait rare. Parfois, l’un d’entre eux lâche, désabusé : « Les Français, y sont fauchés ». En français dans le texte, comme quoi leur maîtrise de la langue dépasse les rudiments de base ! Et oui, les Français sont fauchés…

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