Un monument soigneusement pillé de ses attributs prestigieux - Honneur aux gloires nationales !

 

Rome Colonna Panthéon

C'est sans doute le monument le mieux conservé de la Rome antique. Il faut dire qu’il a été très vite utilisé comme lieu de culte chrétien, dès le VIIe siècle, ce qui lui a évité quelques désagréments sans les éviter tous !

« Le plus beau reste de l’antiquité romaine, c’est sans doute le Panthéon ; ce temple a si peu souffert, qu’il nous apparaît comme aux Romains. En 608, l’empereur Phocas (…) donna le Panthéon au pape Boniface IV, qui en fit une église. Quel dommage qu’en 608 la religion ne se soit pas emparée de tous les temples païens ! Rome antique serait presque debout toute entière »[1].

Certes, la richesse de sa décoration a quand même pâti de la convoitise et de l’ambition des papes qui utilisèrent les marbres de ses façades pour leurs palais, ainsi que tous les ornements de bronze du fronton, vraisemblablement un grand aigle aux ailes déployées, comme les étoiles qui décoraient le dôme. Le tout fut fondu pour réaliser le baldaquin de Saint Pierre. Pire, le Panthéon fut affublé de deux « mauvais clochers »[2], placés à chacune des extrémités du fronton, suite à une commande du pape Urbain VIII Barberini (1568 / 1648) au Bernin. Ces ajouts ne contribuèrent pas à la gloire du Chevalier, bien au contraire, puisque les Romains les surnommèrent « les oreilles d’âne du Bernin ». Les deux clochetons furent finalement détruits en 1882, mais on peut assez facilement en trouver des illustrations sur des reproductions de gravures anciennes chez les libraires, bouquinistes et marchands de souvenirs... ou sur internet !

Le Panthéon est la plus grande coupole de l’antiquité qui ait subsisté : 43 mètres. Elle resta la plus grande d’Europe jusqu’à la construction de la coupole de Brunelleschi pour la cathédrale de Florence, en 1436, soit pendant un millénaire et demi, ce qui n’est pas rien. Si Sainte-Sophie de Constantinople est un monument beaucoup plus vaste que le Panthéon, sa coupole centrale ne mesure « que » 31 mètres. Sa réalisation est une véritable prouesse technique. La coupole a été coulée en béton, un mélange de chaux et de sable auquel était ajouté un granulat composé, à la base de la coupole, de briques concassées, puis dans une seconde couronne de tuf et de brique concassée, enfin en pierre ponce et tuf, afin d’alléger le poids de la voûte au centre. L’ouverture centrale, de neuf mètres, outre qu’elle permet l’éclairage de la salle, allège et renforce le dôme.

Notre coutume de placer les « Grands Hommes » dans des monuments prestigieux est issue de l’utilisation depuis la Renaissance du Panthéon romain comme tombeau : Raphaël (1487 / 1520) en tout premier lieu, d’ailleurs selon ses dernières volontés. Son corps a été placé dans un sarcophage antique sur lequel est inscrit : « Ci-gît Raphaël, à sa vue la nature craignit d’être vaincue ; aujourd’hui qu’il est mort elle craint de mourir. ». Mais ce matin, pas moyen d’approcher du sarcophage, non pas que la foule soit si dense, mais tout simplement parce qu’une équipe de techniciens entretien et répare, centimètre carré par centimètre carré, le dallage antique.

Puis ont été enterrés, près du maître, ses élèves Baldassare Peruzzi (1481 / 1536) et Perin del Vega (1501 / 1547), les peintres Giovanni da Udine (1487 / 1564), Taddeo Zuccaro (1529 / 1566) et Annibale Carraci (1560 / 1609). Enfin, les deux premiers rois d’Italie : Victor Emmanuel II (mort en 1878) et Umberto 1er (mort en 1900) et l’épouse de ce dernier, Marguerite de Savoie. Le sarcophage de Victor Emmanuel II est assez souvent gardé par un représentant de l’Ordre de la Maison de Savoie, en grand uniforme, avec cape sur laquelle sont brodées les armes de la Maison de Savoie : une croix blanche sur fond rouge.

Les relations des Romains avec leurs Rois sont ambivalentes, comme les nôtres d’ailleurs avec Louis XIV ou Napoléon Ier. Bien que la République soit fondée depuis 1946, Victor Emmanuelle II reste très honoré comme père de l’Etat italien. Par contre, si quelques voix se sont élevées ses derniers temps pour transférer aussi les corps de Vittorio Emanuele III et Humberto II au Panthéon, le gouvernement italien n’y a pas donné suite compte-tenu de leur compromission avec le fascisme, Vittorio Emanuele III ayant grandement facilité l’accès de Mussolini au pouvoir.


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.