L'église Sant'Ignazio - La place de Filippo Raguzzini - Une magnifique scène d'opéra

 

Rome Colonna Piazza Sant'Ignazio

Après le Panthéon, prenons la via del Seminario qui conduit à la place et l'église Sant’Ignazio. L’église est située dans le rione de Pigna… Mais rien n’empêche d’y jeter un œil pour y admirer le plafond de la nef, mais aussi la fausse coupole ! L’église (1626 / 1685) est de Carlo Maderno et fut érigée en l'honneur de Saint-Ignace-de-Loyola, fondateur de l’ordre des jésuites. Derrière une façade un peu sévère, l'édifice renferme une immense fresque en trompe-l'œil, au plafond de la nef, représentant l'apothéose du saint, accueilli par le Christ et la Vierge, et l'allégorie de son oeuvre missionnaire (1685). Elle fut exécutée en 1694 par le frère jésuite et mathématicien Andréa Pozzo (1642 / 1709).

A la sortie de l’église, admirez la place Sant’Ignazio (1727 / 1728) de Filippo Raguzzini. Exception faite peut-être de la place Ducale de Vigevano (1492), peut-on imaginer plus extraordinaire décor urbanistique ? La place est entièrement traitée comme un décor scénique assurant tout à la fois entrées et sorties commodes pour les acteurs et elle comprend tous les accessoires nécessaires au bon déroulement de la Commedia  dell’arte.

Le plateau est traversé par une rue, la via del Seminario, qui garantit, côté cour comme côté jardin, les dégagements rapides. Le fond de scène est occupé par un immeuble de forme triangulaire dont la façade côté place est incurvée, concave, avec un corps central en saillie présentant trois niveaux de balcons en fer forgé qui permettraient ainsi de traiter les scènes d’amour entre amants, d’enlèvement ou encore les scènes dans lesquelles un tribun haranguerait une foule. De chaque côté de ce fond de scène, deux rues en diagonales, l’une vers les côtés, l’autre derrière l’immeuble central, garantissent tout à la fois les mouvements de foule, de cavaliers et de carrosses ou, au contraire, les sorties brutales ou discrètes des acteurs. Il est également possible d’accueillir un chœur dans les rues situées derrière le bâtiment central. Enfin, la présence de balcons sur les immeubles de droite comme de gauche, assure la réalisation de scènes secondaires…

L’ensemble est basé sur une construction géométrique rigoureuse, trois ellipses déterminent la forme des façades des trois bâtiments qui font face à l’église et l’orientation des rues est définie par des tangentes à ces ellipses. Il ne manque qu’une chose à cet exceptionnel écrin, un hémicycle pour les spectateurs !

Derrière la place Sant’Ignazio, par les via de Burro et Bergamachi on atteint la petite place di Pietra où l’on s’étonne des colonnes antiques de marbre blanc intégrées à la façade d'un bâtiment. L’édifice a été réalisé en 1696 par l’architecte Carlo Fontana pour abriter l'administration des douanes terrestres pontificales ; il est aujourd’hui occupé par la bourse ! Le temple antique (145) était dédié à l'empereur Hadrien, divinisé après sa mort par le successeur qu’il s’était choisi, Antonin le Pieux.

« Mon choix se fixa sur lui. Plus je fréquente Antonin, plus mon estime pour lui tend à se changer en respect. Cette homme simple possède une vertu à laquelle j’avais peu pensé jusqu’ici, même quand il m’arrivait de la pratiquer : la bonté. (…) il continuera plus qu’il n’élargira mon œuvre ; mais il la continuera bien ; l’Etat aura en lui un honnête serviteur et un bon maître »[1].

C’était un temple entouré de colonnes sur ses quatre côtés (périptère), avec huit colonnes en façade (octostyle) et treize colonnes latérales d’ordre corinthien. Il en subsiste onze, hautes de 15 m. Une tranchée au pied des colonnes permet de constater que la base du temple était située quatre mètres plus bas que le niveau actuel du sol. Le temple était située au centre d’une grande place rectangulaire entourée d’un portique à colonnes  ouvert par un arc triomphal sur la via Lata (devenue aujourd’hui le Corso). Fontana s’était efforcé de redonner de la grandeur à cette colonnade qui était incluse dans des habitations : la colonnade a été placée en avant-corps avec deux petites ailes latérales pour la mettre en valeur et l’entablement a été surmonté d’un attique. Curieusement, les quatre premières colonnes de gauche restent aujourd’hui engagées dans une partie de l’édifice ! C’est, qu’en 1928, ce qui restait du mur de la cella du temple a été dégagé en abattant la façade baroque de Fontana… Le fascisme préférant la rigueur antique aux charmes du baroque !