Un palais au coeur de l'histoire de l'Italie contemporaine - Objectif de nombreuses manifestations

 

Rome Colonna Palais Chigi

Sur le côté de la place, le palais Chigi est le siège de la présidence du Conseil des ministres depuis 1961. Le palais a été commencé en 1562 par Giacomo della Porta et achevé, en 1580, par Carlo Maderno pour Pietro Aldobrandini. Il fut ensuite la propriété du cardinal Deti, puis du cardinal Albornoz avant d’être racheté en 1659 par Alexandre VII Chigi (1655 / 1667).

« Le palais Chigi fait un des côtés de la place. C’est une vaste et belle maison, riche en statues et tableaux, en meubles, en livres, en manuscrits »[1].

C’est une vaste bâtisse, avec une façade d’une grande simplicité, terminée par de forts bossages. Au premier étage, un balcon est positionné en milieu de façade, complété de balcons à l’angle de la place et du Corso. Les armes des Aldobrandini apparaissent  sur le portail central sous la forme d’une étoile sur les pilastres de la porte d’entrée, et celle des Chigi, six montagnes superposées, sur la balustrade du balcon.

Contrairement à ce qui est parfois dit, ce n’est pas dans ce palais qu’ont été tournées plusieurs scènes du film « Le Guépard » de Luchino Visconti, en 1962, mais dans le palais Chigi d’Ariccia, au sud de Rome. Que voulez-vous ? On ne prête qu’aux riches !

Toutefois, à la fin du XIXe les Chigi n’avaient déjà plus tout à fait les moyens d’occuper et d’entretenir l’ensemble de leur patrimoine. Le rez-de-chaussée du palais était alors loué à des banques et, à partir de 1878, le premier, l’étage noble, était occupé par l’ambassade d’Autriche-Hongrie auprès du Royaume d’Italie ; le prince, sa famille et sa suite se contentant des étages supérieurs.

Longeant le Corso, les patriotes italiens y manifestaient régulièrement leur hostilité à l’Autriche et sa politique. Ainsi, le 20 septembre 1895, lors d’une des manifestations célébrant la prise de Rome par les troupes du roi d’Italie en 1871, le cortège se mit à siffler et à crier « A bas l’allié du Vatican » et « Vive notre Rome intangible » ! Autre exemple, en octobre 1908, contre l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie…

En 1917, le palais Chigi a été racheté par l'Etat italien à la famille Chigi et il devint le siège du ministère des Affaires coloniales. Puis, il fut la résidence du ministre italien des Affaires étrangères. C’est comme ministre des Affaires étrangères que le « Balconnard du Palais Chigi », à savoir la « Tête de Mort en chapeau melon, puis Emir en fez, ensuite à plumet »[2], selon les différents couvre-chefs utilisés par le « douché » au cours de sa vie politique, occupa le palais de 1922 à 1929, avant d’installer son lieu de travail au Palais de Venise.

Le « Balconnard du Palais Chigi » aimait haranguer la foule de ses partisans à partir du balcon su premier étage du palais, à l’angle de la place Colonna et du Corso. De ce balcon, notamment, il apostropha les Chemises noires et ses affidés après l’attentat du 11 septembre 1926. Un anarchiste italien, venu de France, Gino Lucetti, avait lancé une grenade sur l'automobile du Duce à la Porta Pia. Ce fut pour lui l’occasion de lancer quelques menaces contre la France : « Mais de ce balcon, je veux prononcer quelques mots sérieux, qui doivent être interprétés exactement par ceux auxquels ils sont adressés : Il faut en finir. Il faut en finir avec certaines tolérances coupables d'au delà des frontières si vraiment on tient à l'amitié du peuple italien, que des épisodes de ce genre pourraient compromettre ».

Depuis 1961, c'est au palais Chigi que se réunit le Conseil des ministres et qu’ont lieu les réunions ministérielles importantes. Le président du Conseil y bénéficie d’un logement de fonction et de bureaux.

Le 30 octobre 1866, sur la place Colonna, fut effectuée la première expérience d’éclairage électrique public, mais il fallut attendre le début du XXe siècle pour que ce type d'éclairage soit utilisé grâce aux lampes à incandescence d’Edison.


[1] Président De Brosse. Lettres d’Italie. 1740.

[2] Termes utilisés par Carlo Emilio Gadda dans le roman « L'Affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade du rionne Colonna

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