Un miracle au champ de mars - Mais aussi une légende extraordinaire

 

Rome Colonna Santa Maria in Campo Marzio

En prenant la rue à gauche du palais de Montecitorio on arrive sur la petite place du Champ de Mars (in Campo Marzio). Au temps de la République romaine le Champ de Mars était un vaste espace, plat, inondable situé dans la boucle du Tibre, entre le fleuve et l’enceinte servienne. Il correspond à plusieurs des quartiers actuels de Rome : Colonna, Campo Marzio, Ponte, Parione, Regola et San Eustachio. Sous Auguste cet espace fut utilisé pour édifier le mausolée d’Auguste mais aussi l’horlogium Augusti dont l’obélisque servant de gnomon fut retrouvé, brisé, à deux pas, place du Parlement. La piazza in Campo Marzio est plutôt constituée de deux élargissement triangulaire de rues, mis bout à bout, et sur lequel vous remarquerez une guérite de carabinier. C’est que le cloitre de l’église Santa Maria in Campo Marzio est une annexe de la Chambre des députés.

Santa Maria in Campo Marzio a été fondée au VIIIe siècle quand, selon la tradition, un groupe de sœurs fuyant la persécution iconoclaste[1] se serait réfugié à Rome en emportant trois précieuses reliques dont une « Madonna Avvocata »[2] qui aurait été peinte par Saint-Luc. Le char transportant les reliques s’étant embourbé sur le Champ de Mars, les contemporains y virent une intervention divine et le pape attribua à la communauté une petite église voisine. Entre 1562 et 1564, une nouvelle église était construite, laquelle fut entièrement reprise un siècle plus tard. C’est aujourd’hui une église à plan en croix grecque, couverte d’une coupole ovale posée sur un haut tambour et surmontée d’une lanterne. Au XVIIe, le monastère fut agrandi sous la direction de Carlo Maderno et Francesco Peparelli. Santa Maria in Campo Marzio est actuellement une église catholique orientale, de rite antiochien. La messe y est dite chaque dimanche en araméen, la langue du Christ, en arabe et en italien !

Une légende court sur la piazza in Campo Marzio. Autrefois, aurait existé, sur cette place, une statue avec, inscrit sur l’index droit, la phrase « Percute hic » (« Frappe ici »), l’index désignant le front de la statue. Bien évidemment nombreux auraient été ceux qui auraient essayé de frapper la tête à l’endroit désigné, mais ce fut sans succès. C’est le moine et savant Gerbert d’Aurillac, le futur pape Sylvestre II (999 / 1003) qui aurait trouvé la solution : frapper l’endroit marqué par l’ombre de l’index au sol à midi. La nuit suivante il serait revenu, avec un fonctionnaire pour les uns, une servante pour les autres, et aurait frappé le sol à l’endroit indiqué. La terre se serait alors ouverte et ils se seraient retrouvés dans un palais d’or, rempli de richesses et de statues. Mais, au moment de ramasser l’or et les bijoux, les statues se seraient animées, les auraient menacés et ils auraient dû fuir sans rien pouvoir emporter. Le fabuleux trésor entraperçu serait celui d’Auguste[3] !

Outre son côté merveilleux, l’histoire est intéressante par le souvenir qu’elle manifeste des richesses de l’empire romain mais surtout par le rôle qu’elle fait jouer à Gerbert d’Aurillac. Il faut avouer que le personnage n’était pas banal : philosophe (il introduisit la lecture d’Aristote), mathématicien, astronome, mécanicien (il construisit des horloges), musicien (il mit en évidence la division en tons et demi-tons). Il contribua à l'introduction en Occident des chiffres arabes, de la numération décimale, des tables d'opération (division et multiplication) ! Jusque vers l’an mil la numération utilisée était celle créée par les Romains laquelle n’était pas des plus commodes pour faire des opérations de calcul ! Sans compter que Gerbert d’Aurillac joua un rôle politique de tout premier plan au niveau européen. Entre autres, il a soutenu l’élection d’Hugues Capet comme roi des Francs lors de l’assemblée élective qui s’est tenue à Senlis en 987. Ce savant, qui dominait les connaissances de son époque, était nécessairement un peu suspect et on lui attribua facilement des savoirs occultes, voire même pour certains une alliance avec le diable.


[1] En 730, l’empereur Léon III de l’Empire romain d’Orient interdit l’usage des représentations du Christ, de la Vierge Marie et des saints, et ordonna leur destruction.

[2] L’icône serait aujourd’hui conservée à la Galerie Barberini et daterait du XIIe siècle. Elle représente la Sainte Vierge intercédant auprès du Christ en faveur du genre humain.

[3] Stefano Del Lungo. « Topografia di Roma e de l'Italia antica - l'orologio di Augusto (regio ix) ». Bollettino telematico dell'arte. Istituto di Storia dell'Arte Medioevale e Moderna dell'Universita' di Roma "La Sapienza". Sd.

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade du rionne Colonna

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