Décorations mises à part, des formes que n’aurait pas renié Borromini

 

Rome Colonna Santa Maddanella

En revenant un peu sur ses pas et en prenant au Sud la via Santa Maria Maddalena, on arrive sur une petite placette sur laquelle la façade de l’église Santa Maria Maddalena représente l'un des rares exemples de style rococo à Rome. C'est l'église des originaires des Abruzzes vivant à Rome. Elle a été construite en 1586 à la place d’une chapelle du XIVe siècle. En 1628, le Pape Urbain VIII Barberini (1568 / 1644) a autorisé l'ouverture d'une nouvelle place devant l'église. Les travaux de rénovation interne de l'église se sont étalés de 1630 à 1699 mais la consécration de la nouvelle église n'eut lieu que le 4 mai 1727. En soixante-dix ans de travaux se succédèrent Carlo Fontana (le dôme et la voûte), Giovanni Antonio De Rossi et Giuseppe Sardi (la façade).

La façade a été achevée en 1735. Elle est concave, à deux niveaux, séparés très « classiquement » en trois parties. Le premier niveau est disposé sur un socle de pierre avec un escalier semi-circulaire au centre. Quatre pilastres rythment les trois parties, la partie centrale étant disposée en avancée, supportée par deux colonnes dégagées, le tout couvert d’un fronton triangulaire brisé. Entre les pilastres des parties latérales se trouve une niche à tête ronde contenant une statue d'un saint, Saint-Camillus d’un côté et Saint-Philippe-Neri de l’autre. A remarquer les éléments décoratifs surabondants au-dessus et au-dessous des niches et dans la partie supérieure du corps de la porte !Le second niveau est séparé du premier par une corniche à ressauts proéminente. Quatre pilastres corinthiens correspondent à ceux de l'étage inférieur et reposent sur un socle à caissons creux. Ils délimitent une zone centrale concave avec un édicule de forme convexe, percé d’une grande fenêtre entourée de demi-colonnes corinthiennes. Comme à l’étage inférieur, les parties latérales sont décorées d’une niche abritant deux statues, à droite Sainte-Marthe et à gauche Sainte-Marie-Madeleine. A remarquer, là encore, les éléments décoratifs surabondants au-dessus et au-dessous des niches et dans la partie supérieure de la fenêtre ! Le tout se termine par une conque sur laquelle court une corniche courbe brisée.

La structure générale de la façade, concave, avec pilastres, colonnes dégagées, frontons triangulaires brisés, niches et statues… s’est développée dans le style baroque en accentuant toujours davantage les reliefs. Par contre, l’excès des éléments décoratifs, de formes très sinueuses, signe un style rococo.

L’intérieur est à nef unique, elliptique, avec deux travées rectangulaires à chaque extrémité, avec une coupole à la croisée du transept. La partie elliptique comporte quatre chapelles latérales dans des niches voûtées, larges mais peu profondes, dans les diagonales. De part et d'autre des chapelles, des figures représentant les principales vertus. Au dessus de chacune des chapelles, une grande fenêtre s’insère en biais dans la voute lui donnant une forme complexe. Sur les murs de gigantesques pilastres corinthiens à chapiteaux dorés, revêtus de marbre rouge et gris, soutiennent la voûte. Côté façade, une magnifique galerie de bois doré agrémentée de statues de stuc soutient l’orgue. Le transept comprend deux chapelles latérales peu profondes. A la croisée, une coupole avec fenêtres qui a la particularité de n’en pas avoir côté chœur, le tout surmonté d’une lanterne. L’autel est placé dans une abside semi-circulaire.

La façade de l’église, très chargée, fut très vite critiquée et l’église fut traitée de « chiesa di zucchero » (sucrerie). Il faut dire qu’à partir de la moitié du XVIIIe siècle le goût change, notamment avec la découverte des ruines de Pompéi et d’Herculanum, et se développe un style plus simple copié sur les bâtiments grecs et romains : le néo-clacissisme. Peu de temps après avoir été terminée, l’église était donc déjà démodée et il y eut, au début du XIXe siècle, une proposition de démolition de la façade pour la remplacer par une nouvelle.

Reprenons la via Santa Maria Maddalena en sens contraire, vers le Nord, et l’on débouche d’abord sur un espace vide qui ne ressemble pas à grand chose et sert pour partie de parking. Il longe l’immeuble du parlement lequel voudrait imiter un palais Renaissance en plus vaste et plus parfait bien entendu, construit dans les années 1908  à 1927 sous la direction de l'architecte Ernesto Basile. Il comprend quatre tours d'angle recouvertes de brique rouge et de travertin. L’ensemble jure terriblement dans le tissu urbain romain. On est plus dans la sucrerie, mais dans le lourd ! Fuyons vers la petite place de l’église San Lorenzo in Lucina.

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade du rionne Colonna

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