La tour-lanterne et le clocher de Borromini - « l’ange au cartouche » et « l’ange à la couronne d’épine » de Bernini

 

Rome Colonna Sant'Andrea delle frattre 2

Par la via della Mercede on rejoint l’église Sant’Andrea delle Fratte.

En 1604 l’ordre des Minimes se lance dans un ambitieux projet de reconstruction d'une église du XVe siècle avec création d’un monastère. Il choisit pour architecte Gaspare Guerra (1554 / 1622). Les travaux sont arrêtés en 1612 faute de financement du commanditaire, la famille Del Bufalo. Le marquis Paolo Del Bufalo choisit ensuite Francesco Borromini pour reprendre les travaux en 1653. Borromini réalise l’abside, le tambour de la coupole et le campanile. A sa mort (1665), le travail a été poursuivi par Mattia de Rossi mais l'argent manque une nouvelle fois et la façade ne sera réalisée qu’en 1826. Le bâtiment reste extérieurement inachevé car non recouvert de plaques de marbre ou de travertin.

« L’église Saint-André avec son demi dôme et demi clocher par Borromini, qui ne peut se défendre des inventions d’un goût bizarre »[1].

La coupole, ou plutôt la tour lanterne puisqu’elle n’est pas couverte par une voute hémisphérique, est circulaire, renforcée d’imposants contreforts diagonaux soulignés de colonnes saillantes. De larges fenêtres, entre les contreforts, permettent d’éclairer le transept.

Plus curieux, le campanile. Posé entre le transept gauche et le cœur, sa base s’intègre totalement dans les façades, latérale et arrière de briques, de Sant’Andrea. Au dessus, s’élève une flèche ajourée de pierre blanche superposant successivement, une tour circulaire à colonnes géminées couronnée d’une balustrade, puis une sorte de petit temple aux quatre fenêtres encadrées de cariatides (ou d’atlantes ? Que faut-il dire quand il s’agit d’anges ne faisant référence ni à un sexe ni à l’autre ?) enveloppé(e)s de leurs longues ailes et supportant deux niveaux de corniches à ressaut décorées de pots à feu, enfin une quadruple volute coiffée d’une couronne de fer ! Le clocher est surnommé « la ballerine » parce que la structure oscille quand la grande cloche sonne ![2]

A l’intérieur de l’église, il ne faut pas manquer d’aller admirer les deux anges sculptés par Le Bernin : « l’ange au cartouche » et « l’ange à la couronne d’épine » (1667 / 1669). Ils faisaient partie des dix anges commandés au Bernin par Clément IX pour le pont Saint-Ange, mais ces deux-là ont été exécutés par le maître, alors que les huit autres ont été réalisés par ses élèves. Ils plurent tellement à sa sainteté que celle-ci les fit conserver dans l’atelier de l’artiste, bien à l’abri, plutôt que sur un pont, aux courants d’air et à la pluie ! Les héritiers du Bernin en firent don à l’église Sant’Andrea delle Fratte en 1731.

Il faut dire que ces deux anges par le jeu du vent dans leur tunique (et tout particulièrement « l’ange au cartouche ») dévoilent chacun une jambe de bel adolescent ou de chaste jeune fille… Là encore comment se prononcer les anges étant, par nature, asexués ? L’avantage de la situation c’est que chacun des deux sexes peut être troublé par les charmes dévoilés de ces anges là.

Il semble que les anges du Bernin aient ensuite un peu servi de modèles aux représentations angéliques, tout en torsades et volutes dans un tourbillon de draperies et d’ailes afin de rendre-compte du mouvement, développer la sensibilité.   

Rome, Montpellier, Senlis, 2002 / 2017