Gibellina, un Aquila des années 60 – Mais une reconstruction effective accompagnée d’œuvres d’art !

 

Sicile Gibellina-Vecchia

Gibellina est une petite ville du centre de la province de Trapani, dans la vallée du Bellice, à mi-chemin entre Castellammare del Golfo, au Nord, et Mazarra del Vallo au Sud. Son nom proviendrait de l'arabe « Gebel » (montagne) et « Zghir » (petite), comme quoi la présence arabe a encore quelques beaux restes.

Gibellina aurait été fondée vers 300 av. J.C et fut détruite entièrement par un tremblement de terre le 15 janvier 1968. La petite ville, qui avait alors 7 000 habitants, eu à déplorer plus de 400 victimes.

L’Italie en général, et la Sicile en particulier, sont situées au point de rencontre des plaques tectoniques eurasienne et africaine. La collision entre ces deux plaques explique la création des Alpes, des Apennins et, bien sûr, la présence des volcans Vésuve, Stromboli et Etna. La Sicile est régulièrement l’objet de tremblements de terre, souvent même plusieurs chaque année, mais ils ne sont pas toujours destructeurs. Le plus grand tremblement de terre qu’a connu l’Europe a eu lieu à Messine, dans la nuit du 27 au 28 décembre 1908, faisant en vingt trois secondes de 80 000 à 150 000 victimes selon les sources.

Je ne sais pas avec quelle promptitude l’Etat italien et la Région ont contribué, en 1968, aux secours de la population de Gibellina, mais décision fut prise de reconstruire entièrement la ville. Ce qui fut fait. Gibellina Nueva a été rebâtie à 18 kilomètes de l’ancienne cité comme un musée d’art moderne de plein air, à la fois dans son urbanisme, son architecture et la présence de nombreuses sculptures disséminées dans les rues. Les habitants d’Aquila n’ont pas encore eu cette chance plus d’un an après le séisme, alors qu’ils sont beaucoup plus proches de Rome et plongés dans la nouvelle Italie berlusconienne, privatisée, « dynamique et entrepreneuriale », comme chacun sait ! A défaut d’avoir été relogés, ils peuvent toujours se vanter d’avoir été très médiatisés… Je ne suis toutefois pas sûr que ce soit ce qu’ils souhaitaient.

Quant à l’ancienne ville de Gibellina, elle devint une œuvre d’art, le « Grande Cretto », par l’intervention du plasticien italien Alberto Burri (1915 / 1995).

À partir de 1973, Alberto Burri réalise des « cretti » (crevasses), à savoir des compositions de grande ampleur utilisant des résines qui rappellent les crevasses et les fendillements de la boue séchée au soleil. Entre 1985 et 1989 il exécute le projet de « Grande Cretto » en recouvrant de ciment blanc les ruines de Gibellina abandonnées par leurs habitants. Cet immense sarcophage s'étale sur le flanc Sud / Sud-est de la montagne selon la forme d'un quadrilatère irrégulier de 300 mètres sur 400 et sur une épaisseur de 1,60 mètre. Dans le ciment ont été tracées des tranchées de 2 à 3 mètres de large, suivant le tracé des anciennes rues et ruelles du village et permettant d’y circuler.

« Blanc linceul qui couvre plusieurs hectares sur le flanc de la montagne. Devant ce site, d’une beauté saisissante, Iannis Xenakis a fait jouer en 1987, sous le ciel d’août étoilé, son Oresteia, qui tient de la tragédie antique et de l’opéra moderne »[1].


[1] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

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