Une Belle au Bois Dormant arabo-normande - Mazara del Vallo, la porte d'entrée des invasions

 

Sicile Castelvetrano Eglise Santa-Trinita

Castelvetrano, au Sud-ouest de l’île, possède un petit bijou d’église arabo-normande du XIIe siècle. La petite église Santa Trinita di Delia est située à quatre kilomètres de Castelvetrano dans un ancien domaine agricole, un baglio, aujourd’hui transformé en hôtel de luxe. Fermé à cette période de l’année, il semble impossible de pénétrer dans le parc et de pouvoir la visiter. Pas âme qui vive… d’autant que nous avons choisi une heure peu chrétienne, celle de la sieste !

Nous finissons par rencontrer un employé insomniaque qui nous confie tout de go les clefs du parc et de l’église. Nous voilà devenus propriétaires d’une église anglo-normande !

Santa Trinita di Delia aurait été construite entre 1140 et 1160 par l’ordre des Basiliens dont la règle est de vivre dans des lieux solitaires. De petite taille, elle est à un plan centré, en croix grecque, prolongé de trois absides et surmonté d'un dôme de couleur rose. Les murs sont percés de fenêtres ogivales, soulignées de profondes embrasures. Aucune décoration intérieure de mosaïques dorées, mais des murs lisses de grès rose, agrémentés de fines colonnettes de marbre blanc aux angles des murs, le tout surmonté d’une coupole siculo-byzantine composée d’une surélévation à base carrée supportant, par des trompes en arcs, un tambour polygonal puis une petite coupole.

Propriété privée, l’église est devenue le lieu de sépulture des membres de la famille du propriétaire lesquels sont sagement alignés dans de magnifiques sarcophages de marbre. C’est effectivement un privilège rare que de posséder son petit Panthéon familial. Faut-il en estimer la valeur et l’intégrer dans sa déclaration d’Impôt de Solidarité sur la Fortune ? Après avoir profité de la visite de l’église, encore nous faut-il maintenant rendre la clef que l’on nous a confiée si facilement. Mais plus personne n’est en vue, soit l’employé rencontré miraculeusement s’est dépêché de reprendre sa sieste, soit le château de la Belle au Bois est retourné à ses sortilèges... aussi laissons-nous en partant la clef sur le portail.

En 827, la conquête de la Sicile par les Arabes commence par le Capo Granitola, au Sud du territoire de Mazara del Vallo, le point le plus proche du Cap Bon, avec une flotte de 100 navires, 10 000 fantassins et 700 cavaliers. Grâce à l'introduction de nouvelles cultures apportées par les musulmans, comme les citronniers, les orangers et de nouvelles techniques d'irrigation, l'agriculture de la région se développe et l'activité portuaire devint importante du fait des échanges commerciaux avec les pays africains puis espagnols.

Un peu plus d’un millénaire plus tard, Mazara del Vallo est une des villes italiennes accueillant le plus d’immigrants, 8 000 pour une population totale de 51 000 habitants, principalement originaires de Tunisie mais aussi des autres pays de Maghreb. Il existe même une école locale, gérée par la Tunisie, où les cours sont donnés en arabe et en français selon les programmes scolaires de ce pays, mis à part 4 heures par semaine d’italien. La plupart des écoles italiennes de la ville ont également des cours de culture arabe, voire même des cours de langue arabe.

Mazara, comme Trapani, présente une série d’agréables monuments de style baroque. La Piazza de la Repubblica en offre un magnifique exemple, avec à l’Est, la cathédrale et, au Sud, le palais épiscopal dont la façade est agrémentée d’une loggia à arcades. Dans les petites rues du centre ville, qui reproduiraient le plan de l’ancienne kasbah, il ne faut pas manquer d’aller admirer la façade du Collège des Jésuites, du début du XVIIIe siècle. Celui-ci aurait été construit d'après un projet de l'architecte sicilien Tommaso Maria Napoli (1659 / 1725), un moine dominicain qui, après avoir voyagé en Europe et notamment à Vienne, a publié un traité d'architecture sur la perspective.

Malheureusement pour nous, mais heureusement pour le monument, les touristes futurs et les habitants de Mazara, le bâtiment est en réfection pour abriter un centre polyvalent comprenant médiathèque et musée. Dissimulé en partie par des échafaudages, nous ne pouvons pas constater le plan elliptique de l’ensemble, mais seulement en admirer le portail, dans une très belle pierre de calcaire blond, et sa décoration baroque composée d’atlantes, de pilastres, de consoles et de décorations à volutes, angelots, mascarons, moulures qui encadrent et soulignent portail et fenêtres. Calme et tranquille, loin de l’agitation palermitaine, Mazara offre placettes, cours et promenades ombragées, où rien n’est plus délicieux que de boire un café ou déguster « una gelata ». 

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