Une riche villa de plaisance pour la haute noblesse - Sauvée in extremis de la ruine

 

Sicile Bagheria Villa-Cattolica

Bagheria, à l’Est de Palerme, est connue pour les imposantes « villas » que s’y était fait construire la noblesse de l’île. En 1658, le prince de Butera, ancien vice-roi de Sicile, édifia une première grande villa, bientôt suivi d'autres familles aristocratiques qui venaient s'y reposer des difficultés de la vie palermitaine. Construites à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe, ces villas sont caractéristiques de l’art baroque alors en pleine expansion dans l’île.

Bagheria étant devenu progressivement une banlieue populaire de Palerme, à l’urbanisme totalement anarchique, de nombreuses villas sont aujourd’hui démolies ou en ruine. Les plus connues, les villas Palagonia, Valguarnera ou Cattolica sont mal signalées, disséminées au milieu de faubourgs déshérités ou de friches industrielles.

La Villa Cattolica a été construite pour Don Francesco Del Bosco Bonanno, prince de l’Eglise catholique,

duc de Misilmeri,
baron de Siculiana, de Ravanusa, de Canicattì,
marquis de Limina, Juliana, Gucci, Castellana, San Basile,
comte de Vicari,
seigneur de Milici, de Pancaldo, de Grasta et enfin de la Grande Saline de Trapani,
vicaire général du vice-roi de Sicile,
capitaine et magistrat de Palerme,

par ailleurs chevalier de la Toison d'Or, grand d'Espagne, premier gentilhomme de la chambre à coucher du roi Vittorio Amédée de Savoie et du roi Charles III, conseiller aulique de l’Empereur Charles VI d'Autriche et roi de Sicile…

Ouf ! Peut-être ais-je oublié quelques titres. Que ses descendants veuillent bien m’en excuser. Je n’ai pas l’habitude.

Achevée en 1736, l’architecte n’en est pas connu, mais elle pourrait avoir été inspirée par Tommaso Maria Napoli, architecte des villas Palagonia et Valguarnera comme du collège des Jésuites de Mazara del Vallo. Par contre, le maître d'œuvre a posé une plaque au-dessus de la porte principale lui permettant de se faire connaître : « Mastru Giuseppi Pirrello, vassal du prince des catholiques ».

C’est une construction massive de forme quadrangulaire, placée au sommet d’une colline, avec une vue dégagée sur le golfe de Palerme. Toutefois, un ensemble d’éléments architecturaux révèlent son inspiration baroque. Deux des façades sont allégées par la création d’une forme semi-circulaire convexe. Côté mer, cette forme convexe est agrémentée d’un imposant escalier à double rampe, décoré d’oculi, conduisant à une haute porte centrale, alors que, côté terre, elle l’est par une loggia en rez-de-chaussée.

Un décrochement très marqué de la corniche séparant le premier du second étage, intègre la fenêtre médiane du second étage, donnant ainsi plus de dynamisme et de solennité à la façade et son entrée. La toiture à quatre pans, de tuiles romaines, est dissimulée par un muret sur lequel est peinte une fausse balustrade. Si la façade principale est largement ouverte vers le large, les autres façades sont précédées de bâtiments bas, en demi-cercles, dessinant l’image d’un trèfle géant.

La Villa Cattolica détient une caractéristique particulière parmi les villas de Bagheria, celle de posséder une « salle de Sirocco », c'est-à-dire, une salle construite sous terre, creusée dans le tuf, utilisée comme abri thermique pendant les jours où souffle ce vent sec et chaud !

La Villa Cattolica, après avoir servi d’hôpital lors d'une épidémie de choléra, puis de caserne pour un régiment des Bourbons et enfin d’annexe à une usine agroalimentaire ou chimique qui dresse toujours à côté ses silos et ses fours métalliques, a eu la chance d’être rachetée par la commune en 1998. Bien qu’alors très dégradée, elle est devenue après trois années de restauration une galerie d'art consacrée au peintre Renato Guttuso (1911 / 1987), né à Bagheria. 

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