Industrialisation du Mezzogiorno et productivité – Tourisme et lutte anti-mafia - « Addiopizzo »

 

Sicile Adio Pizzo

En allant de Palerme à Cefalù, après Bagheria, l’autoroute longe des zones industrielles importantes à Termini Imerese, notamment les usines FIOM-FIAT. Celles-ci, construites en 1970 avec le financement de la Cassa del Mezzogiorno (la Caisse pour le développement du Midi), un établissement public chargé de financer des implantations industrielles dans le sud de l'Italie afin de combler l'écart de développement avec le nord, ont produit les Fiat 126, Panda, Punto et, depuis 2005, la Lancia Ypsilon. FIOM-FIAT à Termini Imerese emploie 1 400 personnes produisant annuellement 21 000 voitures.

Mais voilà, d’après le PDG de Fiat, l’usine de Termini Imerese serait grevée de coûts exorbitants de maintenance, mais aussi d’une productivité médiocre, et ne serait donc pas « rentable ».

La proposition du PDG de Fiat est simple et logique : délocaliser en Serbie une voiture qu'il aurait pu produire en Italie car les coûts de maintenance y sont certainement plus bas ( ?) ainsi que la productivité des travailleurs ? Plus vraisemblablement, Fiat est à la recherche de subventions publiques qu’il ne peut plus obtenir dans le cadre de l’Union Européenne sous prétexte d’introduire des « défauts de concurrence » au sein des pays de l’Union !

Le problème, c’est que la Sicile est encore très largement sous industrialisée, l'industrie y participe au produit intérieur brut pour un montant équivalent à celui de l'agriculture et elle n’occupe que 13% de la population active (20% avec le secteur du bâtiment). Le produit intérieur brut moyen par habitant de la Sicile est de 25% inférieur à celui de l’Italie (23 000 euros, contre 31 000), et le taux de chômage moyen y est de 20% pour grimper à 40% chez les jeunes !

Supprimer des emplois industriels en Sicile ne peut donc pas être considéré comme une simple question de coûts comparatifs mondiaux de production, car combien coûte à l’Etat, à la Nation, aux Italiens, aux Siciliens, les activités de la Mafia ? La lutte contre la Mafia ? Or, comme le souligne Rita Borsellino, députée à l'Assemblée régionale de Sicile de 2005 à 2008 et députée européenne depuis 2009 : « Un emploi créé est un Sicilien soustrait à la Mafia ».

A défaut d’emplois industriels, la Sicile développe un secteur d’activités touristiques. C'est aujourd’hui un secteur important de l'économie sicilienne avec, il est vrai, des atouts essentiels : douceur du climat, magnifiques ruines antiques, nombreux vestiges des civilisations arabe et normande, fabuleuses églises et palais baroques, plages de sable fin, parcs naturels, autoroutes gratuites, gastronomie réputée… Mais si le secteur occupe plus de 20 000 personnes, ces emplois sont souvent mal rémunérés et saisonniers. Par ailleurs, bien des efforts restent à faire pour mettre en valeur la richesse du patrimoine culturel dont de nombreux monuments sont encore dans un état assez lamentable, mal signalés et peu mis en valeur.

Enfin, la crainte de la Mafia n’est certainement pas pour rien dans la faiblesse du développement du secteur du tourisme.

En 2004, un groupe de jeunes a pris l’initiative de créer une association de lutte contre le « pizzo » (le racket) qui multiplie les actions. L’association « Addiopizzo » publie notamment sur son site Internet la liste des commerçants qui refusent de payer le pizzo[1], ce qui permet d’être assuré que l’argent de vos achats ne bénéficiera pas à la Mafia.

Mieux encore, en 2010, sur la base de cette liste, l’ambassade d’Allemagne a imprimé à 10 000 exemplaires un plan de Palerme indiquant tous les commerces qui refusent de payer le pizzo !

Mais que fait l’ambassade de France en Italie ?