La canne à sucre – Le vin – La banane

 

Portugal Madère Camara de Lobos

Lors de sa découverte, Madère était inhabitée et couverte de forêts. Lorsque les premiers colons portugais s’établirent sur l’île, vers 1425, ils préparèrent la terre pour la culture en brulant les forêts mais, incapables de maîtriser l’incendie qu’ils avaient allumé, on raconte que l’île aurait brûlé pendant 7 ans !

Henri le Navigateur (1394 / 1460), créateur de l'empire colonial portugais, y fit planter de la canne à sucre afin que le monde chrétien ne dépende plus des importations de sucre d'Orient. C'est à Madère que fut utilisé pour la première fois un moulin hydraulique, remplaçant le traditionnel moulin à roues[1]. Les personnes employées à la culture de la canne à sucre à Madère étaient alors des criminels, des personnes poursuivies pour dettes et des juifs condamnés pour avoir refusé de se convertir au christianisme.

Le climat et la fertilité des sols firent très rapidement de Madère une riche région de production agricole. Entre 1450 et 1470, Madère produisit entre 3 000 et 3 500 tonnes de céréales par an. Dès 1452, la culture de la canne à sucre concurrença celle des céréales et Madère devint le premier fournisseur « d’or blanc » de l’Europe. Si, en 1500, l’île de Madère était le plus grand exportateur de sucre au monde, la production de canne à sucre a décliné dès la fin du siècle. En effet, cette monoculture intensive eut pour conséquence d’appauvrir les sols et de faciliter le développement des maladies de la canne. Un siècle plus tard, le sucre brésilien remplaça la production de Madère grâce à des coûts inférieurs, obligeant l’île à se tourner vers d’autres spéculations.

Des vignes avaient été importées de Chypre et de Crête. L’île servait de relais entre les continents européen et américain, les bateaux qui traversaient l’Atlantique y faisaient escale pour se réapprovisionner en eau et en vin assurant ainsi un débouché pour la vigne qui se satisfaisait des sols appauvris par la culture de la canne à sucre. Vers 1800 les exportations de vin se chiffraient à 9 millions de bouteilles / an. En 1852, le mildiou détruisit près de 90% des récoltes et, en 1873, le phylloxera anéantit le reste. La fin de la navigation à la voile et de l’utilisation de Madère comme relais, mais aussi les changements de consommation dans les vins diminuèrent les surfaces plantées en vigne.

Si la banane avait été introduite à Madère au début du XVIe siècle, c’est à partir de 1925 que la culture de la banane s’est développée occupant progressivement les anciens champs de canne à sucre ou de vigne. Les principales zones de culture se situent dans les endroits les plus chauds de l'île, sur la côte Sud, de Câmara de lobos à Paul do Mar. Les bananeraies occupent parfois des endroits impressionnants, sur les flancs de falaises vertigineuses, comme à Cabo Girão qui s'élève à 600 mètres au-dessus de l’océan. De nos jours c’est le fruit le plus cultivé à Madère après la vigne. Chaque année sont produites environ 15 000 tonnes de bananes dont 80% sont destinées à la consommation nationale. La culture de la banane représente un millier d’emplois, 11 % de la superficie cultivée et 20 % de la production agricole totale mais elle est aujourd’hui menacée sur le marché européen par la concurrence des bananes des trois compagnies multinationales d’origine américaine.

La densité de population sur l'île de Madère est impressionnante avec 307 habitants au kilomètre carré (408 aux Pays-Bas), mais elle est beaucoup plus importante si l’on ne tient compte que de la surface cultivée. En effet, l’occupation des sols se limite à l’altitude de 700 m, au-dessus la montagne est déserte. Le paysage est fortement marqué par cette forte densité de population, avec une dispersion de très nombreuses habitations au milieu des champs de culture.


[1] Charlotte Radt. « Aperçu sur l'Histoire de la Canne à sucre ». Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée. 1970.

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