Des réalisations nombreuses – Modestes mais inscrites dans l’art de leur époque

 

Portugal Madère Sao Jorge église

Les églises construites aux XVIIe et XVIIIe siècles grâce aux revenus de l’exportation du sucre de canne en Europe, témoignent à la fois de l’importance des capitaux alors en circulation, des richesses accumulées et de l’avènement d’un art nouveau, l’art baroque au XVIIIe siècle.

La caractéristique du baroque à Madère réside dans une décoration extérieure généralement sobre, voire même très sobre à l’exemple du baroque portugais. Corniches, entablements, colonnes, pilastres, encadrements de portes et fenêtres sont traités en pierres volcaniques de couleur sombre, grises ou noires, se détachant en léger relief sur des surfaces planes peintes en blanc. Seul, parfois, un dôme surmonte le clocher et est recouvert d’azulejos (Igreja de Sao Pedro et covento de Santa Clara à Funchal), ou la toiture pointue est couverte de carreaux de faïence bleus et blancs (Eglise paroissiale de Ponta do Sol).

L’intérieur de l’édifice, par contre, est souvent assez chargé avec notamment la multiplication des azulejos qui peuvent même couvrir l’ensemble des murs (Igreja do Colégio dos Jesuítas avec des azulejos des XVIIe et XVIIIe siècle, ou Covento de Santa Clara avec des azulejos du XVIIe). Les azulejos les plus anciens sont inspirés des motifs et couleurs des faïences arabes : dessins géométriques aux teintes jaunes, vertes et bleues mêlées, alors que les azulejos les plus récents représentent des scènes inspirées de la vie des saints-patrons, le personnage est traité en couleur bleu sur un fond blanc.

Les plafonds, de bois, sont le plus souvent peints (Igreja do Colégio dos Jesuítas) avec parfois des effets de perspective comme à l’Igreja de Sao Pedro où sont représentées de fausses coupoles en trompe-l’œil. Ils peuvent également être parés d’incrustations de bois précieux et d’ivoire (Sé de Funchal) mais il s’agit plutôt d’un plafond d’inspiration mudéjar. Les  talhas douradas des autels sont de véritables pièces montées dorées (Eglise paroissiale de Sao Jorge).

Rares sont les peintures murales, mais celles-ci peuvent être curieuses comme celles de l’église paroissiale de Sao Jorge qui représentent des saints lesquels, derrière une balustrade, semblent vous observer du haut des murs. Colonnes torsadées, énormes chandeliers dorés, chaires richement ornées, complètent la décoration intérieure. Plus rares encore sont les statues, peut-être parce que la pierre locale se prêtait mal à la sculpture ?

Certes, en matière d’art baroque, on est bien loin à Madère des folles audaces architecturales romaines, des extravagantes églises catholiques du Royaume de Naples et d’Europe centrale, ou des fastueuses demeures royales ou impériales d’Europe. Si Madère s’est enrichie avec le sucre, ce n’en était pas moins un tout petit pays et ses réalisations architecturales sont donc à replacer dans le cadre d’une petite région qui était essentiellement rurale.

En conséquence, le baroque madérien se distingue des règles générales du baroque par le fait qu’il ne joue pas sur l’aspect « grandiose », qu’il utilise peu les effets théâtraux d’architecture privilégiant des formes en mouvement, des lignes dynamiques (façades ondulantes, courbes et contrecourbes, trompe-l’œil). Du baroque, il retient surtout la richesse et l’exubérance du décor avec des autels de bois sculpté et doré et des murs recouverts d’azulejos. Si les édifices restent de taille modeste, ils n’en témoignent pas moins, à leur manière, de l’importance de cet art nouveau, l’art baroque, et du fait que, bien que « perdue » dans l’Atlantique, Madère était parfaitement au courant de l’évolution des courants artistiques qui révolutionnaient alors une partie de l’Europe.

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