Une visite un peu déroutante – Un guide qui ne manque pas d’intérêt

 

Portugal Madère Covento de Santa Clara

La porte en est soigneusement fermée mais affiche sur une plaque de cuivre les heures de visite. Après avoir sonné, la porte s’ouvre grâce à une gâche électrique vous permettant d’entrer dans la cour. En scrutant les façades, on finit par remarquer une petite vieille, au fond de la cour, dans un petit réduit. Vous vous avancez et mobilisez péniblement les trois mots de portugais nécessaires pour faire comprendre que vous souhaitez visiter le couvent, à quoi la petite vieille, très souriante, vous répond par un discours dont vous ne comprenez pas le premier mot et disparaît en vous plantant là ! Vous attendez sagement que quelque chose se produise tout en observant la cour et l’intérieur du réduit où elle se trouvait. Sur le mur est punaisé un carton sur lequel sont tracés, au stylo à bille et à la règle, autant de lignes que de jours de la semaine et deux colonnes pour le matin et l’après-midi. Dans chacune des cases est noté, d’une écriture soignée et bien formée, des noms ; pour ce samedi matin, je lis « Concepçao ». La petite vieille finit par revenir en trottinant, nous fait signe de la suivre, ouvre un massif portail doté d’une énorme serrure et nous abandonne dans l’église du couvent en refermant soigneusement la porte derrière elle. Ne sachant pas quel serait la suite du programme, nous commençons par admirer les azulejos.

Au bout d’une dizaine de minutes, peut-être moins car le temps paraît bien long dans ces situations insolites, un murmure de voix se fait en entendre, puis le bruit d’une clef dans une serrure et enfin s’ouvre une petite porte latérale. Une autre sœur, très âgée également, apparaît, cheveux blancs, toute fripée, mais avec une peau rose de bébé. Elle est accompagnée de deux visiteurs étrangers à qui elle parle en français et elle nous propose de nous joindre à eux. Après la présentation de l’église et ayant raccompagné les deux visiteurs, elle nous amène au cloître. A la main, elle tient un gros porte-monnaie dans lequel elle place les clefs des différentes portes qu’elle ouvre et referme soigneusement, des clefs à l’ancienne, lourdes et massives. Incidemment, tout en commentant sa visite, elle vérifie nos connaissances religieuses et mesure l’ampleur de nos lacunes ! Elle nous « rappelle » les vies de Sainte-Claire et Saint-François-d‘Assise et l’histoire de la fondation de l’ordre des Clarisses. Il n’y a pas besoin de la prier beaucoup pour qu’elle nous explique la différence entre l’ordre des Clarisses et celui des Franciscaines auquel elle appartient manifestement.

Nous montrant un christ en bois sculpté grandeur nature, couché sur une croix horizontale, et utilisé pour des processions, elle suggère malicieusement que ces objets de piété nous sont plus familiers à nous Français qu’aux Allemands ou autres « parpaillots » ; ce qui n’est pas si sûr ! Elle en profite pour faire quelques réflexions sur la manière particulière dont les portugais vivent une foi plus populaire et plus démonstrative. Clopin-clopant, à petits pas menus, nous la suivons dans les couloirs du cloître dont elle nous détaille les richesses y compris celles perdues lors du pillage de 1566 par le corsaire Bertrand de Montluc. En cours de route, elle nous parle aussi de ses neveux et nièces et des jolies routes, tellement pratiques, qui viennent d’être construites à Madère, attire notre attention sur une petite statue de l’enfant Jésus habillée, placée dans une niche. Autrefois, la statue était confiée, pour un an, à une famille de Funchal qui devait lui faire un costume. L’année écoulée, la supérieure du couvent devait deviner dans quelle famille avait été gardée la statue de l’enfant Jésus et aller l’y chercher !

Dans l’ancien réfectoire du couvent où s’entassent pêle-mêle autels, stalles et tableaux, sœur Concepçao nous désigne un saint parmi une collection disparate de sculptures dans laquelle de magnifiques statues de bois polychromes voisinent avec d’affreuses saint-sulpiceries de plâtre. « Ah, et vous le connaissez celui là ? ». Regards embarrassés. « Non ? Mais c’est Saint-Antoine-de-Padoue ! J’ai une vénération particulière pour lui ». Suit l’histoire de Saint-Antoine ressuscitant un assassiné pour pouvoir innocenter un accusé injustement emprisonné, ou Saint-Antoine prêchant aux poissons. Sans compter que Saint-Antoine a aussi un talent particulier, celui de vous faire retrouver ce que vous perdez. « Quand je perds mes clefs, je fais une petite dévotion à Saint Antoine, et je vois immédiatement où sont mes clefs... » nous affirme-t-elle l’air réjoui.

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