Un site remarquable – Un château Mirabel à ne pas manquer

 

Autriche Salzburg Château Mirabel

Nous étions désormais un peu réconciliés avec Salzbourg, mais restions néanmoins prudents. Au cours de cette visite, comme des suivantes, nous avons donc revisité les différents monuments de la ville avec moins d’appréhension et peut-être moins d’aprioris négatifs.

Il nous a semblé alors que le côté « Mozart-Land » s’était adouci, sans être gommé néanmoins, avec également une fréquentation moins importante. Est-ce le souvenir qui s’exagère ou un fléchissement du tourisme de masse ? Toujours est-il que, si la foule est forte aux points d’attraction principaux, c’est surtout sensible au funiculaire et au château. Pour le reste, c’est plus tranquille ; il faut dire que la cathédrale est suffisamment vaste pour accueillir beaucoup de monde, que le public s’intéresse manifestement assez peu aux autres églises et qu’il est absent au château Mirabell pour lequel la signalétique de l’escalier et de la salle de marbre est inexistante. Ou la fréquentation touristique est-elle nettement plus faible en juillet qu’en août ?

Ce qui fait le principal intérêt de la ville c’est sa situation géographique de verrou sur le fleuve entre deux collines, le Mönschsberg au Sud et le Kapuzinerberg au Nord, la vieille ville se lovant au pied du Mönschsberg dominée par la forteresse. Si l’accumulation d’églises et de maisons anciennes donne du charme à la ville, aucun monument n’est toutefois d’un intérêt exceptionnel. La citadelle (XIe / XVIe siècles) est très bien préservée et rend bien compte de l’architecture militaire du Moyen-âge et de ses évolutions ; elle offre également un point de vue exceptionnel sur la ville mais elle gagnerait à être mieux mise en valeur avec des expositions plus étoffées. La cathédrale (1614 / 1628) est imposante et marque une étape historique dans l’introduction du style baroque en pays germanique : dôme sur tambour octogonal à la croisée du transept, fronton à volutes, importance de la statuaire, décoration de stuc. Mais l’ensemble reste monumental, assez rigide et froid ; on est bien loin des audaces romaines dans les formes d’un Bernini ou d’un Borromini voire des folies excentriques bavaroises.

Du côté de l’architecture, le point le plus intéressant est celui qui est le moins mis en valeur et qui se visite donc peu : le château Mirabell. En 1606, le prince-archevêque Wolf Dietrich von Raitenau ordonna la construction du château pour sa maîtresse, Salomé Alt, fille du riche marchand et conseillé municipal Wilhelm Alt. Celle-ci lui donna 15 enfants (ou 16, les sources sont divergentes, mais on est plus à un près), ce qui montre que l’on peut être archevêque et conjoint fidèle. En 1612, le palais a été baptisé « mirabile » d'après l'italien (« admirable ») par le prince-archevêque successeur de Wolf Dietrich von Raitenau, son neveu, Marcus Sitticus. Le népotisme n’était donc pas qu’une spécificité de la cour papale, von Raitenau avait déjà lui-même succédé à son oncle ! Le château a ensuite été remanié, baroquisé de 1721 à 1727 par Lukas von Hildebrandt, l’architecte du palais du Belvédère à Vienne. Malheureusement incendié, le château a été reconstruit en 1818. Il présente une sobre façade classique mais a néanmoins conservé deux chefs-d’œuvre d’art baroque qui nécessitent de s’aventurer un peu dans ce qui est devenu aujourd’hui la mairie de Salzbourg.

Le magnifique grand escalier est de Georg Raphaël Donner (1693 / 1741), il est orné de vastes volutes de marbre blanc entrelacées de feuilles d’acanthe, formant courbes et contre-courbes, sur lesquelles jouent de malicieux putti. Les pilastres veinés et les niches dans le mur de l’escalier sont traités en marron clair afin de faire ressortir la blancheur du marbre de la rampe et des statues des niches représentant des divinités antiques. La salle des marbres, autrefois salle des fêtes des archevêques, se déploie sur deux étages comme le salon d’Hercule du palais Farnèse à Rome. Les fenêtres hautes sur la façade sont arrondies pour accentuer l’effet de hauteur. Elles sont séparées des fenêtres basses par des cartouches dorés. Les autres murs présentent également en hauteur de fausses fenêtres pour respecter la symétrie, les mêmes cartouches dorés, mais de délicieuses arabesques dorées dans la partie basse.

Une curiosité caractéristique de l’époque baroque dans un des bastions du château : le jardin des nains. 28 statues de nains avaient été réalisées en 1715. A l’époque des Lumières la pratique en était devenue scandaleuse et les statues furent vendues aux enchères en 1811. Cent ans plus tard, quinze de ces statues furent retrouvées et dressées dans le jardin du bastion. Une préfiguration de nos nains de jardin, en beaucoup plus grand et heureusement sans une puérile Blanche-Neige !

Liste des articles sur Autriche, entre admiration et exaspération.

Télécharger le document intégral