Eclipse totale de soleil au sud de Vienne – Un phénomène naturel objet de tous les fantasmes apocalyptiques

 

Autriche Vienne Eclipse totale

Nous visitons le Burgenland quand se produit l’éclipse totale de soleil du 11 août 1999.

L’ombre de la lune sur la terre forme alors un cône d’ombre de 100 kilomètres de large, se déplaçant d’Ouest en Est à la vitesse de 2.800 kilomètres / heure. Le phénomène commence en Cornouaille, puis passe sur Rouen, Reims, Strasbourg, Stuttgart, Munich, le Burgenland au Sud de Vienne, puis le lac Balaton… En Burgenland, le phénomène commence vers 11h30 avec le grignotage progressif du disque solaire.

Mais hélas, le grignotage est aussi le fait des nuages qui passent régulièrement dans un ciel assez chargé. Est-ce pour cela que nous ne pouvons pas observer le phénomène « des ombres volantes » ? Il s’agirait de la formation de bandes sombres et claires, défilant à toute vitesse, par suite des turbulences régnant dans les basses couches de l’atmosphère.

Petit à petit l’obscurité envahit le paysage et les collines du Burgenland s’estompent. A 12h40, nous observons deux minutes de nuit quasi totale, mais curieusement, contrairement à la nuit, les différents points de l’horizon, eux, restent clairs.

Silence total. Les criquets se sont tus, les oiseaux aussi.

« … il faisait de plus en plus sombre, comme à l’approche d’un violent orage ; la lumière baissait. On se disait : c’est l’ombre ; et on pensait que c’était fini ; et puis brusquement la lumière s’éteignit. Une chute. Tout était éteint ; toute couleur avait disparu »[1].

Et puis, progressivement, le soleil réapparait et les grillons et oiseaux se remettent illico à chanter. Les lunettes de protection dont les verres sont composés de films polymères dans une monture de carton, et qui furent si difficiles à obtenir, nous permettent de mesurer la progression du soleil.

Quant à la fin du monde, ce sera pour une autre fois ! Car ils étaient nombreux les oiseaux de mauvaise augure, les charlatans et autres individus profitant du phénomène pour essayer de faire parler d’eux en prédisant les pires catastrophes. Jusqu’au couturier Paco Rabane qui avait prophétisé la chute de la station orbitale russe Mir sur Paris, à l’heure de l’éclipse, en s’appuyant sur un texte parfaitement abscons des prédictions de Nostradamus :

« L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois
Du ciel viendra grand Roy d’Effrayeur
Ressusciter le grand Roy d’Angoulmois
Avant après Mars réguler par bonheur »

Ce qui veut tout dire et rien dire ! Plutôt rien d’ailleurs ![2]

Des incendies gigantesques et des débris de plutonium devaient ravager la capitale mais aussi plusieurs villes du Sud-Ouest comme Auch, Condom, Mirande et Marmande. Evidemment cela finit par créer la panique chez les plus crédules. Selon l’AFP, une femme enceinte était inquiète des risques pour son bébé devant naître en août, d’autres envisageaient de déménager et, avant l’éclipse, à Paris, à la gare du Nord, les trains pour Compiègne étaient pris d’assaut pour s’éloigner de la capitale et du lieu de la chute de la station Mir !

Finalement le plus simple, c’était encore d’aller dans le Burgenland !


[1] Virginia Wollf. « L’éclipse de 1927 ». Extrait du Journal de Virginia Woolf.

[2] Le journal « Le Monde » racontera dans son édition du lendemain que d’aucuns refusaient de quitter leur lit de peur des cataclysmes annoncés, d’autres avaient conservé leurs lunettes de protection pendant toute la durée de l’éclipse, enfermés dans leur appartement de peur des brûlures de la cornée ! Vu l’opacité des lunettes susdites, ils ont pu pousser un petit somme en toute quiétude derrière leurs lunettes sans que personne ne s’en aperçoive.

Liste des promenades dans Vienne

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