La Mélodie du bonheur – Une image mythique

 

Autriche La mélodie du bonheur

Un film américain à très grand succès participa à renforcer au niveau international l’image d’une Autriche « petit paradis tranquille niché au sein d’un écrin de montagnes » : « La Mélodie du bonheur » (« The Sound of Music ») [1]. C’est un film musical peut-être un peu oublié aujourd’hui des cinéphiles, de Robert Wise avec Julie Andrews, sorti en 1965. Il fit un tabac : cinq fois oscarisé en 1966, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleure musique de film, meilleur mixage de son, deux Golden Globe 1966, du meilleur film musical, de la meilleure actrice, prix David di Donatello 1966 de la meilleure actrice, j’en passe !

Il connait une diffusion exceptionnelle. En Amérique du Nord, le film se classe troisième pour le nombre de billets vendus et pour la recette ; ll est seulement précédé par « Autant en emporte le vent » et « Star Wars ». Avec les ventes VHS et DVD, les rediffusions à la télévision, il serait le film d’Hollywood le plus vu !

Le scenario est adapté d’une comédie musicale créée à Broadway en 1959, comédie musicale elle-même basée sur le livre autobiographique de Maria Augusta Trapp, l’héroïne de l’histoire. Le scenario raconte cette histoire, sirupeuse à souhait, d’une jeune novice qui souhaite prendre le voile dans l'abbaye bénédictine de Nonnberg, à Salzbourg. Pas très sûre de sa vocation, la mère supérieure l'envoie comme gouvernante auprès du capitaine Von Trapp, veuf et père de sept enfants. Bien sûr, très vite, elle bénéficie de la complicité des enfants à qui elle enseigne le chant et elle conquiert le cœur du redoutable capitaine dont l’autoritarisme fond comme neige au soleil. Ils se marièrent et eurent encore quelques enfants (dans la vraie vie).

Tout cela est une abominable bluette gentillette, naïve, kitch, larmoyante mais, reconnaissons-le, c’est très bien fait, efficace bien qu’un peu long parfois, mais on marche néanmoins à tous les coups ! On aurait pu en rester là. Toutefois, vers la fin du film, cela se corse car les nazis « envahissent » l’Autriche et exigent que la famille Trapp monte sur la scène du Festival de Salzbourg pour y montrer leurs immenses talents de chanteurs. Refus indigné / menaces terribles / soumission apparente / planque dans le monastère / fuite en Egypte, pardon, en Suisse en passant par les montagnes. Alors là, chapeau ! Non seulement l’Autriche est une merveilleuse carte postale mais, en plus, elle se refuse aux nazis avec honneur et détermination sous les traits du capitaine Trapp. Ce n’est plus seulement l’Autriche « petit paradis tranquille niché au sein d’un écrin de montagnes », mais c’est aussi l’Autriche résistant aux odieux envahisseurs nazis !

Hollywood en rajoute une épaisse couche avec cette mélodie du bonheur participant ainsi à conforter cette fable du pays victime. On était alors en pleine guerre froide et cette histoire revue et corrigée correspondait bien aux luttes idéologiques et politiques du moment : liberté, famille, religion, droit au bonheur individuel, contre totalitarisme (soviétique, en l’occurrence) !

Après la série autrichienne des Sissi (1955 / 1957), Hollywood finit de fignoler l’image mythique du pays et, depuis, les Autrichiens semblent tout faire pour être la hauteur de cette image !

Touristes, nous sommes généralement limités dans notre connaissance la surface des choses : les paysages, l’urbanisme et l’architecture des villes, l’accueil dans les commerces et dans les maisons d’hôtes, le tout pimenté de quelques conversations dans une mauvaise maîtrise des langues allemande ou anglaise. En surface, l’Autriche apparait être totalement dans la représentation de son image d’Epinal, dans l’image qu’elle veut donner à voir : le « petit paradis tranquille niché au sein d’un écrin de montagnes ». Pour essayer de passer derrière l’écran sur lequel est projeté ce film gentillet, nous n’avons alors comme seules ressources que les observations, les informations journalistiques, les études historiques et la lecture, en français, des œuvres des écrivains autrichiens contemporains lesquels déconstruisent, voire piétinent allègrement, cette trop belle image.


[1] « La mélodie du bonheur n’est pas l’Autriche des Autrichiens, mais son image hollywoodienne mythique. Et pourtant, depuis près d’un demi-siècle, les Autrichiens eux-mêmes se sont pris « à jouer aux Autrichiens » comme s’ils s’étaient identifiés à l’image hollywoodienne de leur propre pays ». Slavoj Žižek. « Vivre la fin des temps », 2011.

Liste des articles sur Autriche, entre admiration et exaspération.

Télécharger le document intégral