Evolution du quartier de la Boqueria – Considérations biscuterines sur les restaurants

 

Espagne Barcelone Egipte

Le bar « Egipte », repère gastronomique du flic privé Pepe Carvalho est bien là, sur la petite place de la Gardunya, derrière le marché central de Barcelone, La Boqueria. Mais, lui aussi est témoin que les temps ont changé, que la ville s’est assagie, rejetant au loin ses activités portuaires et sa faune louche de marins, de truands et de prostituées. A se demander si Charo, l’amie de Carvalho, laquelle se prostituait dans le Barrio Chino, arriverait encore à gagner sa vie dans cette ville qui fait tout son possible pour être bien présentable, policée, socialement correcte.

Heureusement qu’il existe encore quelques bandes de larrons bien organisées et efficaces pour permettre à Barcelone de conserver un goût de soufre et d’aventure ! A se demander même si elles ne devraient pas être financées par le syndicat d’initiative ! Finalement, je regrette presque d’avoir porté plainte contre nos voleurs. En allant à Barcelone, nous voulions de l’inédit, du piment, de l’aventure, eh bien, nous avons été correctement servi, proprement, sans même de menace à notre vie, bravo les artistes ! Du beau travail, rondement mené. Une vocation que je risque d’étouffer dans l’œuf si jamais la police retrouve mes voleurs. Faut-il continuer à rechercher notre Pepe Carvalho ? Et pour lui demander quoi finalement ?

« L’Egipte » n’est plus aujourd’hui un bar de marché pour portefaix, marchands forains et petit peuple d’habitués du quartier, mais un restaurant « clean », pour intellectuels branchés et touristes en mal d’aventures carvalhesques, avec nappes blanches, pierres et poutres apparentes, serveur stylé. Il a aussi essaimé autour de la Boqueria en ouvrant une annexe sur la Rambla, annexe du même métal, avec en sus des photos dédicacées d’artistes. Le temps des repas populaires et plantureux semble aussi s’être définitivement éloigné, il est vrai qu’intellos et touristes sont gens à monter chaque jour sur leur balance et à évaluer la quantité de calories présentes dans leur assiette. « L’Egipte » a dû s’adapter.

Selon la description de Carvalho, le bar « Egipte » de la place de la Gardunya, servaient toujours trois ou quatre excellents plats cuisinés et des omelettes fraîches à l’espagnole. Rien à voir avec les omelettes momifiées que l’on sert en général dans les bistrots espagnols avant midi. Il remarquait aussi que presque toutes les bonnes boulettes sont aplaties aux pôles, or celles de « l’Egipte » lui apparaissaient parfaites quant à la texture, parce que la proportion de viande et de mie de pain l’était aussi. Bistrot de marché pour déjeuners copieux et heureux, restaurant économique pour artistes, gens de théâtre et jeunes précocement émancipés, « l’Egipte » était situé près du bar « Jérusalem », comme il se doit, dans un quartier qui devenait le Harlem barcelonais derrière le marché de la Boqueria.

Mais aujourd’hui, foin du Harlem barcelonais, des omelettes fraîches et des boulettes de viande aplaties, le folklore du roman policier en prend un sacré coup. Toutefois si les plats comme la taille des portions font maintenant plutôt référence à la « nouvelle cuisine », il faut reconnaître que le chef maintient une tradition de qualité. Le restaurant « Egipte » vaut malgré tout le détour même  si Pepe Carvalho n’est toujours pas en vue. Nous faudra-t-il nous restaurer dans toutes les tables du Barri Xino ?

D’après mes informations, et celles-ci ne manquent pas d’une grande finesse d’analyse, Pepe Carvalho a dû vieillir lui aussi ! Retiré des voitures, il fait peut-être davantage attention à sa ligne et respecte désormais les consignes sévères de son nutritionniste. Et puis Biscuter n’a jamais beaucoup apprécié que Pepe Carvalho mange dans les restaurants, préférant faire la cuisine lui-même pour son patron. « Manger dehors ça vous amoche l’estomac, tôt ou tard on le paie, chef, je vous assure qu’on le paie » ne cessait-il de lui répéter. Maintenant que Biscuter a fait un stage à Paris chez Escoffier et qu’il est devenu un spécialiste des « potages » il peut, tout en recherchant des saveurs nouvelles, préparer des plats légers comme des soli de violons et ménager ainsi la ligne de Carvalho.

Cela fait maintenant deux jours que nous montons et descendons les Ramblas et le Passeig de Gràcia, tournons dans le marché de la Boqueria et musardons dans les petites rues du Barri Xino. La seule chose que nous ayons réussi à trouver, ce sont les œuvres architecturales de l’architecte catalan Antoni Gaudí y Cornet. Ce n’est pas si mal.

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