Un lotissement pour une cité jardin – Une imagination de classe ?

 

Espagne Barcelone Parc Güell

Encore quelques étapes dans le pèlerinage Gaudien. Et pourtant, nous sautons les stations « Palau Güell » pour cause de travaux de réhabilitation, « Pavillon Fica Güell », « Colònia Güell » et « Torre de Bellesguard » toutes trois situées en périphérie et plus difficiles à atteindre, « Collegio Teresiano » couvent de femmes qui ne se visite pas, ainsi que la station « Casa Vicens » pour laquelle, fatigués, nous n’aurons pas le courage de faire un détour lors de notre escale au « Parc Güell ».

A défaut de pèlerinage, cela finirait par tourner au chemin de croix ! Et puis, il faut bien en conserver un peu pour un prochain voyage !

Le parc Güell est un vaste projet immobilier pour classes aisées pour lequel le promoteur, le Comte Eusebi Güell, avait acquis de vastes terrains en périphérie des nouveaux quartiers en construction sur une colline dominant la ville. Comme ces terrains étaient un peu éloignés du centre-ville et que les futurs clients pouvaient craindre l’insécurité de ces zones incertaines, le promoteur obtint du gouvernement la construction d’une caserne de la Garde Civile à proximité ! On est donc loin des projets de cités jardins ouvrières !

Gaudí était responsable des infrastructures de la cité jardin, routes, cheminements piétons, parcellaire et équipements collectifs. Il avait imaginé de disposer les maisons individuelles sur l’amphithéâtre de la colline, les terrains étant découpés en triangle de manière à permettre à chaque acquéreur de conserver la vue sur Barcelone. Les lots étaient desservis par une route sinueuse à faible pente pour permettre la circulation des carrosses. Le tout date du début du siècle, de 1900 à 1914. Gaudí, par certains côtés, semble donc manquer terriblement d’imagination, sur l’utilisation du fer, de l’acier et du béton armé dans la construction, sur le développement de l’automobile, des habitations populaires.

A la même époque, à Chicago, Joseph Paxton construit, en 1855, le « Home Insurance Building » où façade et ossature sont dissociés, puis le « Leiter Building », de 1890, qui présente une surface de façade presque entièrement vitrée grâce à l’utilisation de structures en acier. A Paris, Auguste Perret emploie le béton pour des immeubles de rapport (1903), des bâtiments industriels (1905) ou le théâtre des Champs Elysées (1910). Quant à l’automobile, la France en est alors le premier producteur mondial avec 30 000 véhicules fabriqués dans l’année 1903 et le modèle de la Ford T sort des usines en  1908.

Gaudí semble enfermé dans une logique de classe qui privilégie palais, églises ou immeubles pour la noblesse ou la très grande bourgeoisie capitaliste, en utilisant des techniques de construction anciennes.

S’il manque d’une vision d’avenir sur les évolutions de la société comme sur les techniques nouvelles de construction susceptibles d’être employées, Gaudí ne manque pas d’imagination dans les formes. Les routes surélevées empruntent des viaducs qui paraissent des excroissances rocheuses, les maisons des gardiens présentent des plans et des couleurs « à la schtroumpf », avec formes arrondies et cheminées champignon au chapeau rouge à pois blancs. La grande place est entourée d’un banc et d’une balustrade sinueuses agrémentées de morceaux colorés de céramique, et les piliers extérieurs, de forme portant très classique de la salle hypostyle, sont penchés pour contrecarrer les effets des poussées mécaniques à la manière des piliers de la maison de l’architecte égyptien Numérobis[1] !