Du camping-car - Sédentarisation et télévision - Interrogations sur les programmes télé

 

Lombardie Crémone Camping-car

Cette année-là, pour effectuer ces visites dans la plaine du Pô, nous avons utilisé un camping-car. C’est un véhicule assez imposant de près de trois tonnes cinq, mais qui a l’avantage de disposer d’un équipement complet deux lits de 120 (pour deux personnes !), cuisinière, réfrigérateur, four, réserve d’eau, chauffage, salle d’eau équipée de toilettes et d’une douche. Si nous sommes autonomes, l’autonomie est malgré tout limitée à la capacité du camion de se brancher régulièrement sur des réseaux d’approvisionnement divers : eau, électricité, gaz, diesel ou de vidange des eaux usées.

Encore faut-il apprivoiser la bête. Mais elle est fort sage, sous motorisée par rapport à son poids, la vitesse est limitée à cent, cent dix, à condition que la route soit bien plate et qu’il n’y ait pas de vent de face. Enfin, les distances de freinage sont particulièrement longues. Attention donc à la vitesse quand on peut en prendre ! Seconde découverte découlant de la première : compte tenu de vitesses moyennes assez faibles, faire des étapes de quatre cent à quatre cent cinquante kilomètres par jour apparaît comme un grand maximum. Troisième découverte après une première nuit, si le confort des lits est tout à fait agréable, la climatisation de la cellule du véhicule est nulle : il y fait très chaud dans la journée et le soir, mais il peut y faire très vite froid au petit matin !

Le camping de Crémone, comme celui de Pavie, sert manifestement de résidence secondaire pour les citadins de Milan qui doivent venir ici respirer un peu de chlorophylle. A Pavie, c’est l’essentiel du camping qui est réservé à des caravanes devenues sédentaires, les nomades n’y ont plus droit qu’à une toute petite place, là-bas, tout au fond, et bien sûr beaucoup moins bien aménagée, sans bornes électriques, ni arbres, ni haies. A Crémone, située plus loin de Milan, le camping est partagé en deux zones d’égale importance, entre sédentaires et nomades.

Les « sédentaires » s’approprient leur petit coin de prairie en entourant leur caravane, devenue fixe, d’une haie d’arbustes, ou d’une balustrade sur laquelle sont accrochés des pots de fleurs le plus souvent fausses d’ailleurs. C’est que la famille ne peut venir, au mieux, qu’une fois toutes les semaines et qui arroserait les plantes pendant la semaine ? Devant la caravane est aménagé un auvent, parfois construit en dur, dessous lequel sont installés tables, chaises et télé dans une disposition qui reproduit celle de la salle à manger de leur appartement de Milan : la table entourée de chaises sur trois côtés et la télé à l’extrémité. Le soir, après être allé rendre visite à leurs voisins, avoir siroté l’apéritif sous l’auvent, chacun retourne « chez lui » pour le repas, pris en famille, autour de la table et devant la télé.

Heureusement, ce soir, est-ce un hasard (?), nos sédentaires regardent tous le même programme ce qui évite bien des cacophonies dans le camping des sédentaires. S’étaient-ils mis d’accord collectivement, au moment de l’apéritif, sur le programme à regarder ensuite individuellement ? Ce qui ferait preuve d’un civisme et d’un centralisme très démocratique qui correspondent assez mal à l’image que nous, Français, nous faisons de nos cousins transalpins. Ou la télé italienne est-elle si mauvaise qu’il n’y a véritablement qu’un seul programme susceptible d’être regardé ? Ou encore, est-elle tellement mauvaise que, passant d’une caravane à l’autre, j’ai l’impression qu’il s’agit toujours du même jeu télévisé alors qu’en réalité ce sont des jeux « différents » sur des chaînes « différentes » ? Mystère. Pour connaître la solution, il faudrait être invité à l’apéritif, donc nécessairement s’implanter, car chacun sait combien est difficile la cohabitation entre nomades et sédentaires, même si les nomades modernes ne possèdent plus que du bétail mécanisé qui ne risque pas de venir brouter les maigres herbages brûlés des campings. Mais la difficulté de relation entre nomades et sédentaires est une histoire qui remonte à la nuit des temps !

Pour une fois, ce ne sont d’ailleurs pas les nomades qui sont dans une situation juridique étrange, mais bien les sédentaires ! Propriétaires de leur caravane, ils ne sont que locataires du sol sur lequel ils ont disposé leur habitation mobile. Mais ils ont aussi parfois construit des cabanes en dur. Leurs aménagements de l’espace, leurs comportements sociaux, manifestent également qu’ils se considèrent propriétaires, ce qu’ils ne sont pourtant pas au regard du droit.

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