Un Zloty avec de nombreux zéros – L’hôtellerie d’Etat « de luxe »

 

Pologne Zloti

A la frontière entre la Pologne et la nouvelle Allemagne réunifiée, au pont sur la rivière Neisse, il y a une longue file de voitures polonaises en attente. Incontestablement, au vu du chargement impressionnant des automobiles, les Polonais sont allés faire quelques achats en Allemagne à la manière des travailleurs maghrébins de retour au pays. Pour eux-mêmes ou pour les revendre en Pologne ?

La frontière est franchie sans aucune difficulté. Notre énorme téléviseur, pourtant bien visible car il occupe la moitié de la banquette arrière de la voiture, n’intéresse aucunement les douaniers. Ils en ont manifestement vu passer bien d’autres !

Première démarche à effectuer une fois la frontière passée : changer de l’argent. Pour mille francs français, nous nous retrouvons propriétaires d’une fortune en Zlotys, nous sommes même plus que millionnaires ! Inutile de préciser que les pièces de monnaie n’existent plus. Les différentes coupures de 100, 200, 1 000, 2 000, 5 000, 10 000, 50 000 et même 100 000 Zlotys sont toutes du même format, avec une même composition graphique et des couleurs très voisines : brun, bleu et vert mélangés, ce qui ne facilite pas la reconnaissance des billets quand il faut faire ses courses. Les billets, au lieu de représenter classiquement des ouvriers, des paysans, des faucilles, des marteaux et des soleils levants – ah ! Ne pas oublier les gerbes de blé et les roues dentées ! - comme dans les autres ex-démocraties populaires, sont ici ornés du buste de « grands hommes » dont, à notre grande honte, nous devons avouer ne reconnaître que Chopin et Copernic.

Première halte en Pologne à Legnica, sur la route de Varsovie, le « Guide du Routard » y signalant un hôtel « quatre étoiles ». Ayant quelques craintes sur la qualité de l’hôtellerie locale par suite d’expériences précédentes dans les pays dits « socialistes », URSS, RDA et Tchécoslovaquie lesquels ne nous avaient pas laissé des souvenirs impérissables sur la qualité du service et des prestations de l’hôtellerie d’Etat, autant tout de suite viser au plus haut pour espérer une prestation acceptable.

Non loin du centre ville, le palace en question est une construction moderniste des années soixante-dix composée d’une barre horizontale et parallélépipédique de béton pour le hall et les salles de restaurant et d’une tour verticale et parallélépipédique du même métal pour les chambres ! Ce n’est plus de l’architecture, mais un jeu de cubes des plus élémentaires.

Notre fille, toute émue à l’idée de descendre dans un « palace quatre étoiles », doit très vite déchanter et réviser à la baisse ses rêves de grandeur, de pompe et de luxe. Les chambres sont très simples, avec pour seul apparat un poste de radio antédiluvien inséré dans la tête de lit. Quant à la salle d’eau, elle présente des carrelages inégaux, des peintures délavées et des tuyauteries fatiguées qui produisent toutes sortes de bruits mélodieux. L’ensemble est tout à fait typique de l’hôtellerie d’Etat des pays du « socialisme réel » : une architecture stéréotypée sans aucune imagination, une qualité très médiocre de la construction et un entretien très insuffisant des matériaux qui se dégradent vite. Ce devait certainement être clinquant au jour de l’inauguration, mais le temps a bien vite fait de réintégrer l’intrus trop rutilant dans la grisaille locale.

Comme dans les hôtels de RDA et d’URSS, la salle de restaurant possède des dimensions impressionnantes : c’est un vaste hall de gare à courants d’air. Quelques personnes y sont attablées, un peu perdues, pour boire un verre ou dîner. Sur la scène, un groupe de musiciens s’efforce d’animer les lieux avec un répertoire de chansons qui doit dater de l’inauguration de l’hôtel : des rocks assagis et tranquilles pour démocraties très populaires. Les quelques couples qui s’agitent sur la piste de danse mélangent les pas du slow, de la valse et du rock. Bien évidemment, les musiciens n’oublient pas les pauses syndicales laissant en plan régulièrement les danseurs. A moins que ce ne soit une stratégie très élaborée pour faire boire des consommations pendant la pause, des consommations pour les danseurs et peut-être aussi pour les musiciens ? C’est gentil, rétro en diable, et finalement parfaitement attendrissant.

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