Le plus neuf des vieux châteaux – Un vol de voiture en terre quasiment sainte

 

Pologne Varsovie Château

Le château de Varsovie est le plus neuf de tous les vieux châteaux ! Construit du XIVe au XVIIIe siècles, il fut totalement détruit par les nazis. Bombardé en septembre 1939, pillé en novembre de la même année, puis finalement dynamité en novembre 1944 lors de la retraite des troupes allemandes, le château n’était plus qu’un amas de ruines. Le gouvernement socialiste présidé par Edwar Gierek décidait néanmoins de le reconstruire entièrement en 1971. Si la reconstruction du gros œuvre était terminée dès 1974, il fallut attendre encore plus de 10 ans pour reconstituer la décoration intérieure d’un magnifique ensemble de salles du XVIIIe siècle… désormais toutes neuves !

Malgré de très nombreux dons de Polonais vivant à l’étranger qui sont venus contribuer au financement de cette reconstruction, la charge budgétaire était importante pour un Etat dont les finances étaient très fragiles. Mais la reconstruction du château de Varsovie était aussi devenue un symbole : celui de la renaissance de la nation polonaise face à la politique nazie dont l’objectif était d’éliminer ce pays et ce peuple.

Pour aller visiter le château, nous garons notre voiture, non loin du centre ville, devant le palais de la Primature[1] où est disponible une magnifique - et unique – place de parking. Après la visite, nous constatons, surpris, qu’à l’endroit où nous avions garé notre véhicule, il y en a une autre, une Fiat Polski. Notre carrosse aurait-il été transformé en citrouille ? Nous avons beau aller et venir devant le palais de la Primature, il faut bien nous rendre à l’évidence : notre voiture a été empruntée sans notre consentement. Autrement dit, elle a été volée. Comme quoi les Polonais ne sont pas tous si catholiques que cela ! Devant la Primature ! Quelle honte, il n’y a plus de respect, même vis-à-vis des autorités ecclésiastiques pourtant dirigées par un Pape polonais.

Ce premier constat fait, nous sommes bien obligés d’en faire un autre : nous sommes dans de beaux draps. Sans voiture et sans les bagages que nous y avons laissé dans l’objectif d’aller passer quelques jours à Gdansk avant de poursuivre notre visite du pays ! Une Renault 19 de moins d’un an, une série limitée d’une belle couleur vert mélèze, avec vitres teintées et de nombreux accessoires supplémentaires. Les voleurs ne sont peut-être pas très catholiques, mais il faut reconnaître qu’ils ont bon goût.

Notre fille se met à pleurer comme une madeleine et il n’y a plus moyen de l’arrêter.

Heureusement qu’une jeune Polonaise nous accompagne dans notre visite du château. Grâce à elle, nous pouvons trouver sans trop de difficultés le commissariat de police du quartier pour y faire notre déclaration de vol et bénéficier de son aide pour la traduction car les pandores polonais ne pratiquent ni le français, ni l’anglais, ni l’allemand. Si ces braves gens compatissent sur notre sort, ils ne semblent pas vraiment étonnés. Ils expédient la déclaration de vol le plus vite possible, tout en jetant un œil sur le téléviseur posé sur une armoire métallique lequel diffuse un match de foot.

Ces vols sont, paraît-il, assez fréquents. Des bandes, venues de Russie – alibi commode des Polonais pour rejeter la responsabilité des vols sur leurs voisins ? – viendraient dérober régulièrement dans la capitale les véhicules originaires des pays d’Europe de l’Ouest. Les automobiles seraient immédiatement maquillées, ou complètement désossées, dans des garages de la banlieue de Varsovie pour être ensuite acheminées sur la Russie. Le fait que notre voiture ait été dérobée devant la Primature m’inciterait finalement à accepter cette hypothèse : seuls des chrétiens orthodoxes pouvaient faire cela devant un quasi lieu-saint catholique ! Et dire que j’avais démonté soigneusement notre autoradio pour éviter de nous le faire voler ! Ironie. C’est la voiture qui m’a été volée et il me reste le poste de radio !

Après avoir alerté notre assurance, par fax, celle-ci nous répond très rapidement en nous proposant d’organiser notre retour. Toutefois, elle nous conseille de rester encore quelques jours en Pologne, dans le cas ou la voiture serait retrouvée. Pourquoi pas ? Profitons-en, au moins, pour aller à à Gdansk, la ville de notre hôte, comme nous l’avions prévu.


[1] La primature est le siège des services de l’épiscopat polonais.

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