Mourir pour Dantzig ? – La défense héroïque des Polonais

 

Pologne Gdansk Chantier naval 2

L’histoire a visité plusieurs fois Gdansk au cours de ce siècle. Une première fois après la Grande guerre. Au congrès de Versailles, les vainqueurs proposent de permettre à la nouvelle Pologne d’avoir un accès à la mer en séparant du même coup la Prusse-Orientale du reste de l’Allemagne ; le « corridor de Dantzig » étant composé des communes dont la population était en majorité polonaise. Par ailleurs, la ville de Dantzig, ex-capitale de la province de la Prusse-occidentale, mais dont la population était en majorité allemande, fut érigée en ville libre, une cité-État sous la protection de la Société des Nations. Mais, si la Pologne gagnait un accès à la mer, c’est l’Allemagne qui se retrouvait coupée en deux.

« La guerre était au bout de son rouleau. On bricolait, histoire de se donner l’occasion de guerres ultérieures, des traités de paix : le territoire environnant les bouches de la Vistule fut déclaré Etat libre et assujetti à la Société des Nations. La Pologne obtint sur le finage de la ville même un port franc, la Westerplatte avec dépôt de munitions, l’administration des chemins de fer et une poste particulière sur la place Hévélius »[1].

La souveraineté de la cité-Etat était toutefois limitée par les accords de Varsovie du 24 octobre 1921 au profit de la Pologne, qui l'englobe dans sa frontière douanière, assure sa défense, utilise son port et exploite ses moyens de communication. La Pologne disposait d'une garnison et d'un arsenal portuaire à Westerplatte, une presqu'île recouverte de sable et de forêts située à l'entrée du canal menant au port. En outre, la Pologne gérait l’administration des postes et des télégraphes. Cette situation pour le moins complexe, résultat de nombreux compromis, était manifestement peu fiable. Elle aurait fait dire à Foch : « C’est là que se trouve l’amorce d’un nouveau conflit mondial ».

Bien évidemment, l'accession au pouvoir de Hitler en Allemagne s'est accompagnée d’une progression de l’influence des nazis à Dantzig auprès de la population d’origine allemande. Fin août 1939, en pleine crise germano-polonaise suite à de nombreux incidents frontaliers créés par l’Allemagne nazie, Hitler déclare que « Dantzig et le corridor doivent redevenir allemands » et il en profite pour demander la révision du traité de Versailles.

C’est à cette époque que Marcel Déat[2] publie un article dont la dernière phrase restera célèbre. « Combattre aux côtés de nos amis polonais pour la défense commune de nos territoires, de nos biens, de nos libertés, c’est une perspective qu’on peut courageusement envisager, si elle doit contribuer au maintien de la paix. Mais mourir pour Dantzig, non ! ». Nous aurons la honte et la guerre !

Le 1er septembre 1939, Les armées allemandes envahissent la Pologne ; le gauleiter Albert Forster se proclame chef d’État de Dantzig et décrète le rattachement de Dantzig au IIIe Reich allemand après l'attaque du dépôt de munitions polonais de Westerplatte et des différents bâtiments tenus par les Polonais. Les miliciens polonais défendirent vaillamment le bâtiment de la poste pendant près de quinze heures contre les assauts menés par les troupes SS de la ville, des formations de SA et la police de la ville, attendant avec espoir que les forces alliées, anglaises et françaises, viennent à leur rescousse. Tous les miliciens, exceptés quatre d’entre d’eux qui purent s’enfuir, furent condamnés par une cour martiale allemande puis exécutés.

« … je me formulai l’opinion que la Home Fleet, tandis que la poste polonaise et tout le plat pays de Pologne étaient assaillis, séjournait plus ou moins à l’abri dans quelque fjord de l’Ecosse septentrionale ; la grande armée française s’attardait à déjeuner et croyait avoir exécuté le traité de garantie franco-polonais en envoyant quelques patrouilles en avant de la ligne Maginot »[3].


[1] Günther Grass. « Le tambour ». 1960.

[2] Marcel Déat était alors député du « Rassemblement anticommuniste », après avoir été membre de « l’Union socialiste républicaine » et du « Comité de vigilance des intellectuels antifascistes ». Fondateur du « Rassemblement national-populaire », il finira collaborateur et fasciste,.