Le cœur de la révolte ouvrière – Liquidé par l’économie de marché

 

Pologne Gdansk Chantier naval 1

À la fin de la Seconde Guerre mondiale la ville, partiellement détruite par les bombardements alliés et soviétiques, fut libérée par l'Armée rouge. Du fait des accords de Yalta et de Potsdam la ville fut attribuée à la Pologne, rebaptisée Gdansk et repeuplée par des Polonais expulsés des territoires soviétiques pour remplacer la population allemande de la ville ayant fui ou ayant été expulsée.

« Chose curieuse : cette fois-ci après les Russes, ce ne furent ni des Prussiens, ni des Saxons, ni des Français qui vinrent : ce furent les Polonais. Avec leurs baluchons ils arrivaient de Wilna, de Bialystok, de Lwow et cherchaient des logements »[1].

Gdansk devint alors un centre industriel important, notamment par l’implantation de grands chantiers navals sur les anciens sites des chantiers navals allemands Schichau-Werft et Danziger Werft. En 1967, les chantiers navals de Gdansk prennent le nom de « Stocznia Gdanska im. Lenina » (Chantiers navals de Gdansk Vladimir I.Lénine).

Dans les années 1970, ce sont alors plus de trente navires par an qui étaient fabriqués, assemblés et mis à l’eau sur ces chantiers, à destination essentiellement de l’Union soviétique.

En 1970, des émeutes ouvrières durement réprimées par le régime font 42 morts et entraînent l’éviction du gouvernement du vieux leader communiste Wladislaw Gomulka et son remplacement par Edward Gierek. Les mouvements ouvriers ne cesseront toutefois pas à Gdansk, les 17 000 ouvriers et employés des chantiers navals conduisant la lutte jusqu’à mettre en difficulté le gouvernement communiste qui finira par signer des accords avec le syndicat jusqu’alors illégal, les accords de Gdansk d’août 80 qui autorisent notamment la création d’un syndicat indépendant « Solidarnosc » (Solidarité).

Si le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski déclare la loi martiale pour faire face à la contestation persistante, le syndicat Solidarnosc poursuivra la lutte jusqu’à la signature d’un nouvel accord le 5 avril 1989 entre le Parti Ouvrier Unifié (POUP, parti communiste polonais), l’église catholique et le syndicat ouvrant la voie à une démocratisation de la Pologne. Les principales conclusions de l’accord prévoyaient la liberté de la presse, la suppression de la censure, l’organisation prochaine d’élections législatives et sénatoriales multipartis.

Cette lutte n’aura pas que des répercussions en Pologne mais elle en aura aussi dans les autres démocraties populaires d’Europe centrale et participera aux évolutions de l’année 1989 : démocratisation en Hongrie (février), Tchécoslovaquie (décembre), République Démocratique Allemande (décembre), avec pour conséquence le démantèlement du rideau de fer et la chute du mur de Berlin (novembre).

En septembre 1989, la nouvelle chambre des députés, dans laquelle les membres de Solidarnosc sont majoritaires, élit le premier gouvernement non communiste depuis la guerre, présidé par Tadeusz Mazowiecki, lui-même un des principaux responsables du syndicat. En 1990, le gouvernement privatise les chantiers navals de Gdansk : 61 % du capital passent à l’actionnariat privé, 39 % aux employés. Mais dépendants du marché soviétique jusqu’à la fin des années 1980, les chantiers Lénine ont du mal à s’adapter à une économie de marché dans laquelle il faut désormais faire face, sans subventions d’Etat, à la concurrence des chantiers asiatiques lesquels, grâce à des coûts de main-d’œuvre plus faibles et une très bonne organisation du travail, deviennent les premiers constructeurs de navires mondiaux.

En 1992, la porte des chantiers navals, si souvent photographiée lors des grèves et des émeutes ouvrières des années 80, semble voir passer plus de touristes que d’ouvriers ! Le pavillon d’entrée des chantiers naval semble moins s’intéresser au contrôle des passages que de vendre des souvenirs : cartes postales, reproductions du monument aux morts des émeutes ouvrières, photographies du Pape Jean-Paul II et de Lech Walesa, Président de la République et ancien leader du syndicat Solidarnosc des chantiers navals. A quand un parc d’attraction sur la révolution polonaise ?