Le château de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques – Marienburg, devenu Malbork

 

Pologne Malbork citadelle

La forteresse de Malbork, sur la rive droite d’un des bras de la Vistule, fut fondée en 1270 par l’Ordre des Chevaliers teutoniques sous le nom de Marienburg. Le château de Malbork est l’exemple le plus complet et le plus élaboré de château gothique en briques bâti dans le style caractéristique de l’Ordre Teutonique. C’est un style qui allie les fonctions d'une fondation monastique à celles d'une structure défensive et enfin d’un centre administratif et économique pour gérer le puissant Etat fondé par l’ordre dans cette région, ainsi que  toutes les ramifications de l’Ordre en Europe. Très bien préservé et restauré sa visite est spectaculaire.

Au XIe siècle, le prince Conrad de Pologne avait sollicité l'aide de l'Ordre des Chevaliers teutoniques pour lutter contre les Prussiens un peuple balte païen habitant au Sud-est de la mer Baltique. En échange il avait octroyé à l’Ordre des terres en bordure de son territoire. Frédéric II de Hohenstaufen (1194 / 1250), empereur romain, surnommé « Stupor Mundi » (la « Stupeur du monde » !), qui préférait séjourner dans son royaume de Sicile, octroya au Grand Maître de l'Ordre tous les privilèges d'un prince d’Empire, dont le droit de souveraineté sur les territoires nouvellement conquis. Par la « Bulle d'or impériale » de 1226 et la « Bulle d'or papale » de 1234, la Prusse devint possession de l'Ordre Teutonique. Toutefois, la résistance farouche des Prussiens durera encore un demi-siècle et, à partir de 1300, la région devint une zone de colonisation, des terres agricoles étant octroyées à des paysans allemands.

Le monastère fortifié a été largement agrandi et embelli après 1309 quand le siège du Grand Maître de l'Ordre a été transféré de Venise à Marienburg, le château devenant alors la plus grande forteresse gothique d'Europe. Pendant la Guerre de Treize Ans (1454 / 1466), le grand maître de l’Ordre, à court d'argent, fut forcé de remettre le château à ses mercenaires en guise de salaire. Ceux-ci s’empressèrent de le vendre au roi de Pologne, retournant ainsi complètement leurs alliances ! En 1457, lorsque le traité de Torun mit fin aux guerres entre la Pologne et l'Ordre Teutonique, le château de Marienburg est passé aux mains de la Couronne Polonaise. Il sera ensuite comme centre administratif, arsenal ou résidence royale. Le territoire de l’Ordre sera élevé en duché de Prusse, vassal de la couronne polonaise, et attribué au prince-électeur du Brandebourg. En 1772, lors du premier partage de la Pologne, le territoire du duché de Prusse est intégré au nouveau royaume de Prusse de Frédéric le Grand lequel comprend également le Brandebourg et la Silésie.

Avec la création de l’empire d’Allemagne, en 1871 (IIe Reich), Marienburg devient un lieu symbole de puissance et de gloire germanique, un emblème pour la construction du nouvel Etat allemand. En conséquence, celui-ci fit réaliser des travaux importants de restauration lesquels furent inaugurés, en 1908, par l’empereur Guillaume II lui-même. Ce symbole de puissance et de gloire germanique fut évidemment abondamment réutilisé sous le IIIe Reich et le château servit d’école de formation pour la future élite du Reich. Les nazis avaient un goût prononcé pour les sociétés secrètes, les mythes ésotériques, la chevalerie du moyen-âge, l’aristocratie guerrière, le tout servant de modèle pour un prétendu homme-nouveau dans une mystique fumeuse de la force et de la race. Ils utiliseront l’image des Chevaliers Teutoniques dans leur propagande, leurs défilés, Hitler étant lui-même représenté en peinture sous l’armure de l’Ordre, afin de glorifier la lutte des « Aryens » contre les « peuples orientaux » jugés inférieurs.

Endommagé en octobre 1943 lors d’un bombardement allié des usines de production des moteurs du chasseur aérien Focke Wulf, le château repassera en territoire polonais en 1945 ! La Pologne commence la restauration du château en 1947, château qui devient ainsi, de fait, un nouveau symbole : celui du retour de ces terres au sein du nouvel Etat polonais.

Après un détour par Gdansk et un retour à Varsovie, les quelques jours de délais que nous nous sommes accordés n’ont pas permis de retrouver notre voiture et notre compagnie d’assurance nous propose de nous « rapatrier ». Oubliée la suite prévue de la visite avec Cracovie, les Carpates et le retour à travers la Tchécoslovaquie !

 

Montpellier, novembre 1999

Liste des articles sur Pologne, un voyage écourté.

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