Pasquino restauré – Désormais il est défendu d’afficher – Pasquino gêne encore

 

Rome Parione Pasquino 2014

Lors de mon passage à Rome en octobre 2014 qu’elle ne fut pas ma stupéfaction, et ma colère, en découvrant un Pasquino nettoyé, astiqué, blanchit, bref « désinfecté » !

Il y avait juste une petite affichette bien modeste au plus bas de son socle :

IL VERSO GIUSTO

Mentre Renzi pontifica
E tuto malpromette
Il papa lo morfica
Dicendogli permette ?
Se(s) governa la finanza
Muore pure la speranza
Ascoltatelo

LE VERSET JUSTE

Pendant que Renzi pontifie
avec des promesses inconsidérées
Le pape le mortifie
Lui disant : Permettez ?
Si gouverne la finance
meurt l’espérance
Écoutez-le[1]

 A dire vrai, la  version du « Guide du Routard 2015 », paru en août 2014, m’avait mis la puce à l’oreille. Il annonçait, dans un encart :

« Encore aujourd’hui, on peut voir à côté de la statue (car elle a entièrement été rénovée et qu’il est désormais interdit d’y coller des papiers) un panneau où l’on peut toujours afficher ses revendications».

Quoi ? Quel est l’esprit paperassier, bureaucratique ou germanique qui peut penser que Pasquino puisse s’exprimer par l’intermédiaire d’une « sucette » d’expression libre ? Est-ce un trop zélé restaurateur qui fait passer la préservation de n’importe quel caillou antique avant le symbole que représente cette statue ? Mais que vaut la statue de Pasquino en elle-même ? Rien. C’est un morceau informe, mutilé, et dont la dégradation n’aurait aucune conséquence sur la vie artistique. Son intérêt est historique, politique et culturel par l’expression du peuple romain qu’elle assure depuis cinq siècles au mépris du danger et des menaces de condamnation. L’important n’est pas le bloc de pierre, mais le support qu’il assure aux revendications du peuple romain.

Nos démocraties européennes sont-elles tombées si bas que l’on préfère désormais un caillou informe à la libre expression populaire ?

Pasquino était la dernière des statues parlantes de Rome qui affichait encore des libelles. Marforio est prisonnier d’un musée, l’abate Luigi d’échafaudages, Madama Lucrezia est souvent protégée par un autocar de Carabinieri, le mur du Babuino a également été nettoyé, astiqué, blanchit et désinfecté, et Facchino est bien oublié par le flux de touristes qui passe pourtant pas très loin de lui.

Cette année là, j’étais venu avec mes deux petites-filles leur faire visiter Rome et, à l’occasion, leur montrer une tradition séculaire d’expression populaire même si, bien sûr, celle-ci peut paraître décalée et obsolète à l’ère d’internet. Je leur montrais d’abord l’abate Luigi, Madama Lucrezia, le Facchino, réservant Pasquino en dernier comme une richesse culturelle toujours vivante. Las ! Déception ! Pasquino était muselé et balbutiait avec peine une dernière satyre qui, heureusement, ne manquait pas de sel !

Il subsiste néanmoins une lueur d’espoir montrant que le peuple romain saura peut-être surmonter les oukases d’une bureaucratie tatillonne sans vision historique, politique, ni culturelle : le panneau d’expression libre a déjà disparu ! Il n’en reste que le socle et les quatre vis qui le scellait au sol. Enfin réapparaissent, bien que timidement, des papiers collés sur le socle de la statue et les bornes en pierre qui l’entourent.

Gloire aux Romains qui osent encore défier, comme pendant cinq siècles, les interdits absurdes et liberticides !


[1] Traduction personnelle. A noter que, désormais, ce n’est plus le pape qui est brocardé par Pasquino, bien au contraire ! Tant il est vrai que la puissance temporelle de la papauté s’est réduite à un confetti.

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