L’abbaye de Pannonhalma – Le siège de Kőszeg par les Ottomans – La fin du « rideau de fer »

 

Hongrie Pannonhalma Bibliothèque

Dans le comitat de Győr-Moson-Sopron, en limite de l’Autriche et de la République tchèque, l’abbaye bénédictine de Pannonhalma est juchée au sommet du mont Martine qui domine la région de ses 100 mètres de haut. Inscrit au « Patrimoine mondial de l’humanité », le sanctuaire est vieux de plus d’un millénaire. L’abbaye fut fondée en 996 par des moines bénédictins d'Italie, de Bohême et d’Allemagne à la demande du prince arpadien Géza. L’objectif était de convertir et « d'humaniser » les Hongrois qui terrorisaient les populations, pillaient et mettaient à sac les villes et les monastères du Nord de l'Italie, de la Bavière et de la Franconie !

Les bâtiments de l’abbaye, érigée en l'honneur de Saint-Martin de Tours, né au pied de la colline, sont entassés les uns sur les autres et forment un assemblage curieux de styles architecturaux différents, du Moyen-âge à l’époque récente. L'église actuelle, commencée en 1224, est la troisième du site. La bibliothèque, reconstruite au XIXe siècle dans un style néoclassique, abrite plus de 300 000 volumes. Comme la loi de Saint-Benoît le préconise (« Ora et labora ! » « Priez et travaillez ! »), les moines de l’abbaye travaillaient la terre, s’adonnaient à la vie spirituelle mais aussi recopiaient des manuscrits. Le monastère devint ainsi la tête de pont de la culture médiévale européenne dans cette région et, en conséquence, le point de départ de la culture magyare. C’est en effet à Pannonhalma que fut ouverte la première école hongroise, que le premier livre fut copié et que les premiers mots hongrois furent écrits, en 1055, dans l'acte de fondation de l'abbaye de Tihany[1].

Dans le comitat voisin de Vas, la ville de Kőszeg, située en lisière de la frontière autrichienne, a joué un rôle stratégique important dans l'histoire européenne. La ville tire son nom de la forteresse bâtie à l'époque de la dynastie d'Arpad et sur les ruines de laquelle est bâti le château actuel. En 1526, Soliman le Magnifique (1494 / 1566) attaque le royaume de Hongrie et lui inflige une lourde défaite à la bataille de Mohács. Bientôt, le centre et le Sud de la Hongrie sont occupés par les Ottomans ; face à la menace, le Nord et l’Ouest de la Hongrie reconnaissent les Habsbourg de la Maison d’Autriche comme rois. Soliman attaque l’archiduché d’Autriche en 1529 mais échoue finalement devant Vienne et son armée se replie. Les Ottomans effectuent une nouvelle tentative en août 1532 mais sont bloqués dans leur progression vers Vienne par la citadelle de Kőszeg. Grâce à cette résistance, une nouvelle bataille de Vienne n'aura pas lieu, les Ottomans refluant avec les premières pluies lesquelles avaient participé à leur déroute trois ans plus tôt. En mémoire de cet évènement, les cloches de la ville retentissent tous les jours à 11 heures !

Si le Sud-est de la Hongrie fut occupé pendant cent cinquante ans par les Ottomans, le Nord-ouest le fut par l’archiduché puis l’empire d’Autriche jusqu’au compromis de 1867 sur la création de l’Autriche-Hongrie, et enfin la proclamation de la République hongroise en 1918. Restait à fixer les frontières entre les deux pays ! En 1921, les comitats de Vas, Moson et de Sopron étaient partagés et leurs parties occidentales insérées dans le Land autrichien du Burgenland, la majorité de leur population étant de langue allemande. Toutefois, à la suite d'un référendum d’autodétermination, la ville de Sopron, habitée elle majoritairement par des populations magyares, restera hongroise.

« La maison de Grand-mère est à cinq minutes de marche des dernières maisons de la petite ville. Après, il n’y a plus que la route poussiéreuse, bientôt coupée par une barrière. Il est interdit d’aller plus loin, un soldat y monte la garde. Il a une mitraillette, des jumelles et, quand il pleut, il s’abrite dans une guérite. Nous savons qu’au-delà de la barrière, cachée par les arbres, il y a une base militaire secrète et, derrière la base, la frontière et un autre pays »[2].

Après la défaite des nazis et de ses alliés hongrois,  c’est une nouvelle frontière qui se met en place dans cette zone, entre zones d’occupation américaine et soviétique, entre Europe occidentale et orientale, entre systèmes économiques capitaliste et socialiste. Le 19 août 1989, la Hongrie autorise l’ouverture de la frontière à Sopron pour un « pique-nique paneuropéen ». Six cent soixante et un Allemands de RDA passent alors à l’Ouest : c’est le début de la chute du « rideau de fer ».


[1] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial de l’Humanité ».