Une fierté nationale – Des appréciations européennes à l’emporte-pièce ? 

 

Hongrie Balaton Keszthely Château

Le dernier conférencier sur le thème de l’ingénierie des dispositifs de formation n’échappait pas davantage à la langue de bois, mais celle-ci se doublait de références nationalistes à peine déguisées.

L’inévitable introduction à caractère historique soulignait que la Hongrie possédait des dispositifs de formation agricole bien avant la période soviétique ! Ce rappel n’était nullement anodin car le « Georgikon », une école agricole créée dès 1797 par György Festetics dans la ville de Keszthely, non loin du lieu de la conférence, peut-être considéré comme la toute première école d’agriculture. Rappel d’autant moins anodin, qu’après un développement toujours aussi général, l’intervenant concluait en attirant l’attention des participants sur le fait qu’il était toujours nécessaire d’être prudent avec les modes pédagogiques, notamment quand elles étaient d’origine étrangère !

Pour le conférencier, il n’y avait qu’un point qui était susceptible d’être approfondi avec les partenaires français, celui de l’adéquation des offres aux besoins afin de « planifier les flux de formation et les contrôler pour qu’ils répondent strictement aux besoins de l’économie » ! Mais, en formulant ainsi sa proposition, il s’était trompé d’interlocuteur, il aurait dû de s’adresser aux camarades planificateurs de l’ex-Union-Soviétique, pas aux Français ?

Si les statues de Marx, de Lénine ont été déboulonnées pour être déportées en périphérie de Budapest dans le parc des statues, les vieux réflexes de centralisme et de langue de bois semblaient avoir marqué durablement les modes d’intervention des cadres du ministère de l’Agriculture. Certains, qui avaient fait toute leur carrière au sein du « socialisme réel », avait manifestement du mal à sortir des schémas antérieurs, semblaient même trouver un échappatoire dans l’affirmation d’un nationalisme nostalgique de la Grande Hongrie.

Cette intervention sur la nécessaire prudence à conserver vis-à-vis des « modes pédagogiques d’origine étrangère », sous-entendu françaises en l’occurrence, était un peu à la limite des convenances vis-à-vis des invités français. Elle avait néanmoins l’intérêt de nous obliger à nous interroger, en contrepartie, sur nos attitudes d’Européens de l’Ouest vis à vis des Européens des ex-pays socialistes.

En effet, cette affirmation pouvait être aussi une réaction à une certaine forme d’arrogance, sinon strictement française, du moins des Européens de l’Ouest vis-à-vis de la Hongrie. C’est, qu’en Europe de l’Ouest, nous avons été abreuvé d’une propagande qui soulignait les « retards » des pays socialistes, retards économiques, sociaux, techniques, scientifiques, culturels. Après 1989, avec l’ouverture des frontières, gouvernements, partis politiques, entreprises, associations et experts occidentaux se promettaient d’aller transmettre la bonne parole à ces malheureux peuples de l’Est européen, afin de leur montrer ce qu’il convenait de faire pour accéder à un niveau de vie supérieur et aux formes « modernes » de la production, de la consommation et de la démocratie. « On » allait leur montrer !

Or, s’il y avait des niveaux de vie différents - encore qu’il n’est pas si facile d’en juger car tout ne se mesure pas en termes monétaires - les pays socialistes n’avaient pas nécessairement des « retards » dans tous les domaines, notamment en matière de techniques agricoles ou de système d’enseignement. Dans le domaine agricole, la différence résidait essentiellement dans la présentation, le niveau de qualité et les formes de commercialisation des produits transformés. Il est donc tout à fait possible que nous ayons montré une certaine sûreté dans nos interventions et appréciations liées à l’idéologie dominante de cette période qui pouvait être jugée comme arrogante par nos hôtes.

« M. de Montaigne disoit : « qu’il  s’estoit toute sa vie mefié du jugement d’autruy sur le discours des commodités des estrangiers, chacun ne sçachant gouster que selon l’ordonnance de sa coutume et de l’usage de son village, et avoit fait fort peu d’estat des avertissements que les voyageurs luy donnoient »[1].


[1] Michel de Montaigne. « Journal de voyage ». 1580.

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