Une présence affirmée dans la ville

 

Portugal Lisbonne Afalma Vue générale 1

« Parfois je songe, avec une volupté triste, que si un jour, dans un avenir auquel je n’appartiendrai plus, ces pages que j’écris connaissent des louanges, j’aurai enfin quelqu’un qui me « comprenne », une vraie famille où je puisse naître et être aimé. Mais, bien loin d’y naître, je serai mort depuis longtemps. Je ne serai compris qu’en effigie, quand l’affection ne pourra plus compenser la désaffection que j’ai seule rencontrée de mon vivant »[1]

 Fernando Pessoa est devenu une référence pour parler de Lisbonne. Pas un journal [2], un tour-operator, une agence de voyage, un loueur d’appartements, un hôtel ou un guide touristique qui ne profite de la figure de Pessoa pour proposer une visite de Lisbonne. Il est aujourd’hui devenu une clef utile pour entrer dans la ville, un objet symbole de Lisbonne.

 Même les boutiques de souvenirs pour touristes présentent désormais leurs babioles avec des représentations de la silhouette du poète marchant dans Lisbonne. Notre hôtel, situé dans le quartier de Baixa, ne dispose pas de quatre étages numérotés de un à quatre, mais de quatre niveaux : Luis de Camoens, Eça de Queirós, José Saramago et Fernando Pessoa, estimés être les plus grands écrivains portugais.

 Celui qui serait étonné, ou déçu, ou amer, de cette soudaine notoriété, c’est Pessoa lui-même ! Lui qui ne faisait rien pour se montrer, se mettre en avant, mais qui était au contraire plutôt passe-muraille. Les photographies qui le représentent sont d’ailleurs assez rares : marchant dans la ville, vêtu d’un complet veston avec une cravate ou avec un nœud papillon, ou vêtu d’un imperméable, ou encore au comptoir d’un café, ou à la table d’un café jouant aux échecs ou lisant une page, il existe également quelques gros plans de lui avec un chapeau mou [3]. C’est peu.

 Dans un roman policier non terminé « L’affaire Vargas », Fernando Pessoa décrit un des protagonistes, Abìlio Quaresma, celui qui, par sa seule réflexion logique et rigoureuse, découvre l’assassin, une description dont j’imagine qu’elle colle comme un gant à Fernando Pessoa : 

« L’homme qui était entré dans le cabinet du juge (…) ne présentait aucune caractéristique physique, ni la moindre indication physique d’une caractéristique morale, par lesquelles il eût pu passer pour remarquable au milieu d’un groupe de personnes. Il était de taille moyenne, légèrement chauve avec un front haut, il portait une moustache et une barbe mal taillées et d’un châtain grisonnant, comme ses cheveux. Il était vêtu de gris – un costume et un pardeuss en état avancé d’usure. Son aspect général donnait l’impression d’une banalité intelligente : son aspect vestimentaire, celui d’un célibataire ni soigneux ni négligé ; il avait un air simple sans être vraiment humble, et son expression était directe sans être impudente »[4].

 Il n’y manque que le pince-nez ou la petite paire de lunettes cerclées de fer pour que je puisse me représenter le poète.


[1] Fernando Pessoa / Eduardo Suarès. « Le livre de l’intranquillité – Un incompris ».

[2] Gilles Costaz et Marina da Silva« Dans les pas de Pessoa ». Les Echos. 2005.

François Musseau. « Lisbonne : Ombres et chuchotements ». Libération. 2015.

[3] Voir la galerie de photos sur le site de la Casa Fernando Pessoa.

[4] Fernando Pessoa. « L’affaire Vargas ». 

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