La « villa de délices » du Cardinal Scipione Caffarelli Borghese – Un domaine public

 

Rome Pinciano Villa Borghese

Depuis 1580, la famille Borghèse possédait un terrain modeste, hors les murs, sur les hauteurs du Pincio. Au début du XVIIe siècle, le Cardinal Scipione Caffarelli Borghese, neveu préféré du Pape Paul V – encore une histoire de famille ! - fit une série d’acquisitions pour s’y construire une « villa de délices » dans laquelle il pourrait présenter sa très riche collection d’antiques, mais aussi d’œuvres d’art contemporaines (entendez « de la période de la Renaissance », bien sûr !).

Le bâtiment a été réalisé entre 1613 et 1615 sur un plan en forme de U. La façade est décorée de statues et de bustes antiques et de bas-reliefs.

A l’origine, la villa était située au centre de trois clôtures reliées par des portes. Dans la première était situé le « casino » (la villa) avec le jardin « dei melangoli » (orangers amers), comprenant des fontaines et de nombreuses statues. Dans la seconde était le jardin « dei fiori », réservé au prince. Enfin, la troisième, plus vaste, tout autour comprenait des espèces plus rustiques et naturelles.

Le cardinal était un collectionneur passionné qui édifia la plus belle et la plus grande collection d’œuvres d’art de l’époque en utilisant tous les moyens à sa disposition, et ses moyens étaient vastes, étant neveu du pape. Ils pouvaient être légaux bien qu’obtenus de manière parfois douteuse : cadeaux « spontanés », achats en puisant dans les caisses de la Chambre apostolique, tableaux confisqués au Chevalier d’Arpin ; mais ils pouvaient aussi être moins licites : extorsions sous la menace de la prison, vol de tableau (comme pour la « Déposition » de Raphaël).

La collection fut encore enrichie par ses successeurs.

« Leur (famille Borghèse) maison de campagne et celle des Pamphili sont à mon gré les plus belles de Rome, soit par l’étendue, soit par l’agrément des jardins, soit par le nombre prodigieux de choses rares qu’elles contiennent. Celle-ci fourmille de statues antiques et modernes, en dedans et au-dehors. Le jardin a de longues allées, des parterres, des bois, des parcs, des volières et des oiseaux heureux »[1]

Le prince Marcantonio IV Borghese (1730 / 1800) fit d'importants travaux pour transformer les bâtiments principaux et le parc. Il entreprit de faire évoluer le jardin selon la mode de l’époque, à l’anglaise, notamment avec la réalisation du « Giardino del Lago » (le jardin du lac) dans une zone appelée les « dei piano licini » (la plaine des chênes).

Enfin, à la fin d'une longue bataille juridique avec les héritiers de la famille Borghèse, l'État a acheté l’ensemble, villa, jardin et collections, en 1901, et a été cédé le parc à la municipalité de Rome pour qu’il soit ouvert au public (1903).

Les quatre-vingt hectares des jardins de la Villa Borghèse offrent désormais toute une série de loisirs familiaux : le jardin zoologique permet non seulement de voir des animaux sauvages, mais il présente aussi le premier musée en Europe sur les activités criminelles organisées contre l’écologie : commerce illégal de la faune et de la flore, pollution, incendies de forêts, braconnage…

Il est également possible de s’y promener à pied ou en bicyclettes, en canot sur le lac, voire d’aller au cinéma ou au théâtre !

« Le jardin du Pincio n’est pas enterré comme celui des Tuileries, il domine de quatre-vingts ou cent pieds le cours du Tibre et les campagnes environnantes. La vue est superbe. Là, en hiver, vers les deux heures, on voit assez souvent les jeunes femmes de Rome, descendre de leur carrosse et se promener à pied. C’est leur Bois de Boulogne »[2]


[1] Charles De Brosses. Lettres d’Italie. 1740.