Le « Rapt de Proserpine » - « Apollon et Daphné » - « David »

 

Rome Pinciano Galerie Borghèse Apollon et Daphné

Puisque vous êtes maintenant à la Villa Borghèse, même si c’est pour y voir les Caravage, profitez-en pour admirer toutes les richesses accumulées ici, par exemple la magnifique « Pauline Borghèse » d’Antonio Canova… bien qu’un peu froide, et pas seulement parce qu’elle est en marbre ! Mais il y a aussi quelques extraordinaires sculptures du Bernin, le « Rapt de Proserpine », « Apollon et Daphné », son « David »… et la maquette de la statue équestre de Louis XIV.

Le « Rapt de Proserpine » est un sujet tiré d’une nouvelle des Métamorphoses d'Ovide dans laquelle Pluton (l’Hadès des Grecs, Dieu des enfers) enlève sa nièce Proserpine (Perséphone pour les Grecs). Les Dieux grecs n’étaient pas très regardants sur les questions d’inceste. La composition, en spirale, accentue le mouvement et montre la violence de l’action, l’empreinte des mains du Dieu dans la chair de Proserpine, sur la taille et la cuisse, souligne la lutte et le drame qui se joue. Il ne représente pas une scène symbolique mais bien un acte de violence.

« Chez Bernin, le ravisseur creuse de sa poigne avide la chair de sa victime : c’est un viol capté dans le marbre. (…) Le Vulcain de Bernini (…) est tout entier pulsion et désordre érotique »[1].

Le sujet d’« Apollon et Daphné » est également extrait des Métamorphoses d’Ovide. La nymphe Daphné, fille du Dieu Fleuve Pénée, est poursuivie par les assiduités du jeune Apollon. Elle s’enfuit, mais est rattrapée par le Dieu. Elle supplie alors son père de l’aider et celui-ci la transforme en arbre, en laurier. C’est pourquoi Apollon est associé au laurier et les généraux vainqueurs ceignaient sur leur front une couronne de laurier. Le Bernin capte le moment où Apollon enlace Daphné, mais progressivement, celle-ci devient arbre : déjà ses jambes s’entourent d’une écorce, ses cheveux et ses mains se transforment en feuilles. La main d’Apollon, au lieu de se poser sur la hanche de la jeune fille, ne rencontre plus qu’une écorce d’arbre. La maîtrise de la matière par Le Bernin est remarquable par la finesse de son exécution, mais plus encore sa maîtrise du mouvement.

« Les contours des corps, la beauté des airs de tête, et surtout les expressions, sont pareillement merveilleuses, dans l’une la crainte ; dans l’autre la surprise. Cet ouvrage, l’un des meilleurs du Bernin, est de la première classe parmi les modernes »…

A quoi le Président De Brosse ajoute néanmoins :

« Avec tout cela, je m’en tiens toujours à ce j’ai dit plus haut de cet artiste »… A savoir, « Le Bernin excelle dans les ouvrages où il faut de la mollesse et de la délicatesse. Mais son goût maniéré est bien loin de la fierté, du grand goût et de la noble simplicité de l’antique »[2].

Il est intéressant de mettre en relation le David du Bernin (1624) avec celui de Michel-Ange (1504). Le David de Michel-Ange apparaît comme un homme jeune, sûr de sa force, presque serein avant le combat ; celui du Bernin, apparaît plus jeune, un adolescent, déjà dans l’action en préparant sa fondre, concentré et tendu. Si la statue de Michel-Ange n’est pas statique par le déhanchement et la torsion du corps vers la gauche, celle du Bernin est toute en mouvement avec une torsion totale du corps autour de l’axe de la jambe droite, les membres étant positionnés dans une spirale ascendante.

Les deux statues précédentes, le « Rapt de Proserpine » et « Apollon et Daphné » sont également réalisées selon ce principe où les corps en mouvement des différents personnages se positionnent selon une spirale ascendante.


[1] Dominique Fernandez. « La perle et le croissant ». 1995.