Etre multipropriétaire d’un appartement – Des possibilités limitées d’échanges internationaux

 

Norvège Geirangerfjord

Une manière commode, mais convenons-en peu originale, de répondre à la question serait de rétorquer : pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas ? Sauf que nos attirances « naturelles », car originelles, sont généralement plutôt méditerranéennes ou frappées d’un héliotropisme très positif. Alors pourquoi se lancer dans cette « aventure ».

Nous « possédons » une résidence de vacances en France, résidence dite « en temps partagé ». Cette formule est un remarquable euphémisme pour dire que nous devons nous répartir un même logement au cours de l’année entre une quarantaine de ménages « propriétaires » ! En vertu de quoi, nous sommes considérés comme « multipropriétaires », ce qui ne veut évidemment pas dire que chacun de nous possède plusieurs propriétés, usines, mines, exploitations agricoles, chalets, châteaux ou villas sur la Côte… non, ça, cela s’appelle un « Capitaliste ». Dans notre cas, au contraire du cas précédent, c’est le minuscule studio de vingt mètres carrés qui possède plusieurs propriétaires !

Cela introduit un renversement sémantique particulièrement intéressant : c’est le bien matériel qui est premier par rapport aux personnes et non l’inverse. La meilleure preuve de cette assertion c’est qu’il ne saurait être question pour un des « propriétaires » d’user et d’abuser de son bien, il n’a même pas le droit d’apporter la plus infime modification à l’appartement, pas même pour l’agrémenter d’une touche personnelle : un napperon sur la télévision, une assiette décorée, un tableau représentant un sous bois forestier avec un cerf, un bibelot en forme de tour Eiffel, de Sacré Cœur ou un coquillage souvenir de Saint-Malo. Tout au plus peut-il occuper « son » bien pendant un temps défini. En réalité, c’est le bien qui use et abuse de ses « propriétaires », car le bénéfice de cette formule revient essentiellement au promoteur immobilier qui vend quarante à cinquante fois le même appartement. Mais passons, cela n’est pas notre propos.

Cette formule qui fait donc de nous des propriétaires plus ou moins virtuels, bien avant même l’existence de la « réalité » du même nom, nous donne l’occasion d’échanger notre « droit de propriété », limité bien sûr aux deux semaines que nous avons achetées, avec d’autres heureux « multipropriétaires » dans d’autres résidences, en France comme à l’étranger. Nous sommes si peu propriétaires que « notre » bien est totalement interchangeable. A condition de verser une contribution pas trop modeste, nous avons un droit d’échange de notre résidence multi-partagée, droit d’échange que nous pouvons apprécier dans un catalogue qui recense toutes les résidences auxquelles nous pouvons prétendre à travers le monde : Europe, Etats-Unis, Canada, Mexique, Argentine, mais aussi Thaïlande, Indonésie, Birmanie, ou Sénégal, Israël… Que sais-je encore ?

Nous pouvons donc virtuellement nous rendre dans une quarantaine de pays. Virtuellement toujours, car les demandes que nous faisons sont rarement satisfaites. Nous demandons un appartement sur la côte Est des Etats-Unis et l’organisme chargé d’assurer les échanges nous propose un appartement à la Nouvelle-Orléans. Bon, c’est situé dans le même pays me direz-vous. Une autre fois, nous souhaitons le Canada et c’est Bali ou Madère qui nous sont offerts. C’est plus original. La virtualité a cela d’extraordinaire, par définition, que la liaison avec la réalité est assez tenue. Aussi, cette année avions-nous souhaité aller en Sicile, en Sardaigne, à Chypre, enfin dans une quelconque des îles de la Méditerranée. Et c’est la Norvège qui nous a été proposé ! Manifestement, la virtualité fait oublier les éléments de base de la géographie. Confondre Méditerranée et Baltique !

Alors, pourquoi pas ? Va, pour la Norvège !

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