Göteborg après le sommet européen – Démocratie et participation populaire dans l’Union Européenne

 

Suède Göteborg

Notre arrivée dans la péninsule scandinave s’est effectuée à Göteborg, petite ville jusqu’à présent à priori tranquille, mais encore toute étonnée des manifestations violentes qui s’y sont déroulées à l’occasion du conseil européen du mois dernier, les 15 et 16 juin 2001. Si des casseurs ont vraisemblablement profité de la manifestation pacifique contre la politique européenne pour dégrader le mobilier urbain et les boutiques, la police suédoise semble avoir fait preuve tout à la fois d’incompétence dans la gestion de la manifestation et de sa tendance à utiliser la violence. Pour la première fois, en effet, la police a tiré à balles réelles contre les manifestants !

L’objectif initial de ce conseil européen était d’approuver une stratégie commune de développement durable et d’ajouter la dimension de l'environnement à la stratégie de Lisbonne. Cette bienveillante stratégie européenne devrait (notez le conditionnel !), selon le langage des technocrates européens, reposer sur « le principe selon lequel il faut examiner d'une manière coordonnée les conséquences économiques, sociales et environnementales de toutes les politiques et en tenir compte dans le processus de décision ». Le tout devant déboucher sur une conférence intergouvernementale en 2004 qui devrait (autre conditionnel) « permettre d'adapter les traités fondateurs de l'Union et ses institutions aux nouvelles réalités et aux attentes de ses citoyens ». Mon Dieu, que c’est beau !

L’ironie de cette triste histoire c’est que ce sommet européen était donc censé répondre « aux attentes des citoyens européens », notamment à l’inquiétude des Irlandais lesquels venaient de rejeter le traité de Nice permettant l’entrée de nouveaux pays dans l’UE ! Chaque dirigeant européen s’est donc fendu d’un petit couplet, la main sur le cœur, sur la nécessaire participation démocratique des Européens aux décisions de l’UE au moment même où la police tirait à balles réelles sur les manifestants ! A cette occasion, la présidente du Parlement européen, la française Nicole Fontaine, a adressé aux Quinze une remarque insidieuse : les Européens doivent être mieux consultés, « faute de quoi le fossé que nous constatons ne pourra que s'élargir et les mauvaises surprises se renouveler »[1]. Etrange remarque, en effet, à priori, qui mieux que les responsables européens connaît les attentes des citoyens européens, n’est-ce pas ?

L’usage de la violence par la police suédoise a surpris plus d’un commentateur, la Suède ayant la réputation d’un pays tolérant et organisé. Or, dès les années 1970, les auteurs de romans policiers Maj Sjöwall et Per Wahlöö dénonçaient quasi systématiquement l’usage de la violence par la police suédoise ! Bon, mais venant d’auteurs de romans policiers, ce ne pouvait pas être très sérieux.

Nous pensions donc aller « au bout du monde », par définition un lieu perdu, différent, où l’on oublie ses problèmes habituels, et nous nous retrouvons plongés dans les affres de la construction européenne ! Heureusement, de Göteborg nous avons rejoint notre camp de base en Norvège, dans les environs de Gålå, sur un plateau perdu au milieu de nulle-part.  De plus, la Norvège, comme chacun sait, n’est pas membre de cette prétendue « Union ». Nous avons ensuite lancé quelques raids motorisés sur Geiranger et le Trollstigveien, le Jotunheimen et Urnès, Vinstra, Ringebu et Lillehammer enfin. Mais, parallèlement, nous avons effectué des reconnaissances pédestres sur le plateau de Isumhögda, le lac de Valsœtrin, ainsi qu’une malheureuse expédition vers Fagerli Fjellstue au cours de laquelle nous faillîmes mourir de faim et de soif faute d’un point de ravitaillement (thé, petits gâteaux, crêpes fourrées) pourtant décrit dans le guide local mais absolument introuvable sur le terrain. Le périple se poursuivit sur Oslo, puis ensuite sur Stockholm.


[1] Tiens, déjà ? Depuis, les mauvaises surprises n’ont pas cessé de se renouveler pour les Eurocrates : référendum sur le traité de Maastricht en 1992, référendum sur le projet constitutionnel européen en 2005 avec, à chaque fois, les déclarations selon laquelle les attentes et les inquiétudes des peuples européens avaient bien été entendues. Entendues peut-être, mais manifestement vite oubliées !

Un des autres sujets de ce conseil était celui des paradis fiscaux et de la lutte contre le blanchiment de l’argent. A l’issue du Conseil de Göteborg, Pierre Moscovici, ministre délégué aux Affaires européennes, déclarait à ce propos : « Je voudrais rappeler que la position des Européens, et notamment celle de la France, est de marquer une très grande détermination pour avancer sur ce point ».  Cela ne manque pas de sel après la découverte, quinze ans plus tard, du  scandale des Panamas papers (note de 2016).

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