La création de parcs nationaux – Mais une représentation imagée très exagérée des éléments naturels

 

Norvège Geirangerfjord 2

Les Scandinaves seraient particulièrement amoureux de la nature. Ce sentiment se serait matérialisé dans la création de réserves naturelles dès la fin du XIXe siècle. En 1906, Selma Lagerlöf se livrait à un véritable plaidoyer pour la création de réserves naturelles : « Dis toi que vous possédez un grand pays et que vous auriez certainement les moyens de nous laisser, à nous pauvres animaux, quelques îlots dénudés, quelques lacs peu profonds, tourbières humides, montagnes isolées ou forêts éloignées, où nous pourrions vivre en paix ! »[1].

Ce sentiment de présence de la nature est souligné dans les contes et légendes où les éléments naturels sont personnalisés, notamment sous la forme des trolls (ou tontes) qui sont des génies malicieux, comme Kaysa d’Ysätter qui se signale aux humains sous la forme du vent, de l’orage, de la pluie et qui aime ainsi à les taquiner.

« De nos jours, on affirme que Kaysa d’Ysätter est morte et disparue, elle comme tous les autres trolls. Mais il est pratiquement impossible de croire une telle chose. C’est comme si quelqu’un venait affirmer que désormais l’air restera pour toujours immobile au dessus de la plaine et que plus jamais le vent ne dansera au dessus d’elle avec ses murmures, ses chuchotements, son air frais et ses averses »[2].

Et il nous semble bien que nous avons, nous aussi, modestement, rencontré Kaysa d’Ysätter dans son aire de jeux favorite, la plaine du Närke et le lac d’Hjälmaren en Suède. Peu après Örebro, juste sur les rives du Hjälmaren. Nous avions trouvé un coin pique-nique particulièrement sympathique, avec tables en bois, bosquets de bouleaux en bordure du lac et avec une troupe de Cols Verts cancanant mais, à peine étions-nous sortis de voiture, que Kaysa d’Ysätter n’a eu de cesse de souffler un vilain vent froid, en rafales, pour s’amuser sans doute et nous faire plier bagages au plus vite.

Cette présence de la nature est aussi sensible dans la peinture, avec une tradition de représentation du milieu naturel, bois, lacs, mer, mais aussi des hommes dans cet environnement : paysans, laboureurs, bûcherons, marins, pêcheurs, etc.… L’on peut facilement juger de l’importance de cette école « naturaliste » par les très vastes collections de la Nasjonalgalleriet d’Oslo !

Mais il convient d’éviter la confusion entre le fait, « la forte présence de la nature pour les Scandinaves », avec la représentation qu’on veut bien en donner. Si vous circulez sur de petites routes de la campagne française, vous observerez la présence de très nombreux animaux, vaches, veaux, moutons, éléments clefs de « la nature ». Toutefois, la représentation imagée et symbolique de cette présence, notamment par l’intermédiaire des panneaux de signalisation[3], est très rare. On peut donc affirmer qu’en France le fait prime sur sa représentation symbolique. En Scandinavie, on constate que la représentation symbolique de d’élan, ou du renne, dans les panneaux indicateurs[4] est extrêmement fréquente, pire même, il y en a partout précisant à chaque fois le nombre de kilomètres au cours desquels vous risqueriez de rencontrer ces animaux sous prétexte que « les élans et les rennes ont peu le sens de la circulation [5]» ! Or dans les faits, nous n’avons jamais vu d’élan (et encore moins de renne) sauf une fois une ombre vague à la lisière d’un bois, sans être tout à fait sûr que ce n’était pas une silhouette en métal découpé pour touristes ou une réclame à l’image de ces enseignes espagnoles représentant des taureaux. L’image en Scandinavie (les panneaux signalétiques) semble donc primer sur la réalité (les élans comme éléments de la nature) et donne finalement de celle-ci une vision déformée. La représentation de la nature y est manifestement exacerbée.

Enfin, dernier élément d’information qui prouverait que cet amour de la nature et ce respect de l’environnement ne sont peut être pas toujours aussi forts que les Scandinaves aiment à le dire : s’il faut en croire Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui développent dans leurs romans policiers une vision assez noire et pessimiste de la prétendue « Société Plus Humaine » suédoise, l’aéroport de Stockholm, à Arlanda, serait lui même construit dans un site naturel rare et sur un itinéraire d’oiseaux migrateurs !


[1] En France, le premier parc national sera créé en 1963.

[2] Cf. Selma Lagerlöf. « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède ». 1906.

[3] Rappelons qu’il s’agit d’un triangle sur fond blanc, entouré d’un liseré rouge, pointe en haut, avec la représentation symbolique, au centre du triangle, d’une vache ou d’un mouton.

[4] Idem, avec le dessin d’un élan ou un renne ce qui est plus « exotique ».

[5] Cf. Le Guide Vert.

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