Un pays où il faut manger pour vivre – Mais où l’on peut vivre pour boire !

 

Norvège alimentation

Réglons la question de l’approche de la culture scandinave par l’alimentation, cela évitera bien des illusions. En effet, l’approche de la réalité et de la culture scandinaves par l’intermédiaire de l’art culinaire a très rapidement montré ses limites. Nous avions pourtant été mis en garde par la lecture de notre ouvrage de référence, le Guide du Routard avançant doctement cet avertissement : « Si c’est pour faire un séjour culinaire que vous allez en Suède, restez plutôt chez vous » ! Le conseil est finalement très pertinent et affreusement réaliste tant pour la Norvège que pour la Suède[1].

Comme il faut néanmoins manger pour vivre, Norvégiens et Suédois semblent surtout compter sur les sandwicheries et la restauration rapide type « chinois-pizzeria-kebab » qui vous mixe toutes ces spécialités pour un en-cas rapide, ou sur les cafétérias façon cantine. Pour faire un peu plus que manger pour subsister, et peut-être même oser y prendre quelque plaisir, les Norvégiens et Suédois comptent alors sur les vertus des pizzerias présentes partout mais dont la banalité de la carte, mais aussi les prix astronomiques, font reculer un touriste français moyen. Mais alors, le saumon ? La truite ? La morue ? Les fruits de mer ? L’anguille fumée ? La viande de renne ? Où peut-on y goûter ? Hé bien les restaurants qui en proposent sont rares et, de toute façon, c’est encore plus hors de prix pour le touriste français moyen. A lire les tarifs sur les cartes des restaurants, faut-il imaginer que les Norvégiens ont un niveau de vie très supérieur au notre ? Effet monétaire Lilliput ? Est-ce seulement possible ? La quatrième ou cinquième puissance mondiale !

Pour goûter aux spécialités locales, il a fallu se rabattre sur le saumon emballé sous vide et sous plastique ! Reconnaissons néanmoins que, sans être moins cher qu’en France, il avait infiniment plus de saveur. Bien évidemment, nous n’avons pas résisté à en ramener, sans connaître toutefois les ennuis décrits par Umberto Eco[2]. Il est vrai qu’avertis par son expérience, nous ne l’avons acheté qu’au dernier moment, dans l’aéroport, évitant ainsi d’avoir à le mettre dans le réfrigérateur de la chambre d’hôtel à la place des mignonnettes d’alcool. Et puis même, n’ayant pas les moyens financiers des organisations invitant Umberto Eco à des conférences internationales, nous fréquentions des hôtels sans réfrigérateur et sans mignonnettes dans la chambre !

Mais il n’y a pas que les solides dans l’art culinaire et la Bourguignonne de notre équipe ne pouvait manquer de s’intéresser aux liquides. Passons sur les vins, nous savions la question sans espoir. Les bières ? Bof ! Sans compter que, par suite de nombreuses erreurs de manipulations, à moins que ce ne soit de compréhension de nos commandes par les autochtones, nous avons surtout dégusté des bières sans alcool. Mais tout compte fait, ces erreurs n’en étaient peut-être pas, car nous devions participer ainsi de la culture locale. A première vue, celle-ci semblerait prohiber fortement toutes les boissons alcoolisées au point que vins et alcools sont très lourdement taxés, partiellement vendus dans des magasins d’Etat, et que toute vente en est même prohibée le week-end ! Ce qui, bien évidemment, ne change rien, il suffit de constituer ses stocks le vendredi soir. A voir l’importance de la viande saoule qui traîne dans les rues d’Oslo en début de soirée du samedi, on ne peut que constater que les Norvégiens savent parfaitement programmer leurs achats d’alcool à l’avance. C’est par ailleurs une curieuse contre-démonstration de cette fameuse culture locale qui prohiberait soi-disant les boissons alcoolisées. Je n’ai pourtant jamais autant vu de personnes saoules, dans des états aussi affligeants, se vautrant par terre dans leur vomi jusqu’au lendemain, dimanche midi ! En litres d’alcool pur consommé par habitant, Norvégiens et Suédois sont certes plus sobres que les Français, mais la consommation-ivrognerie semble y prendre le pas sur la consommation-dégustation.

Enfin, pour mémoire, parmi les liquides, il faudrait encore citer le café… Je pensais éviter ce sujet par décence. Mais, bien évidemment, cela ne correspondrait pas à la rigueur de notre démarche scientifique. A défaut de décrire le café servi sous ces latitudes, du moins peut-on le comparer avec d’autres cafés nationaux : tout en bas de l’échelle des saveurs, au niveau du café américain, certes au-dessus de la lavasse de cantine mais très en-dessous du café allemand que je me suis pris à regretter à plusieurs reprises. C’est dire !


[1] Et pourtant (note de 2016) le chef suédois Magnus Nilsson vient de faire paraître un livre de cuisine qui rassemble plus de 700 recettes culinaires des pays nordiques : « La cuisine des pays nordiques ». Alors ?

[2] Cf. Umberto Eco. « Comment voyager avec un saumon ». 1997.

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